“Rapport Bronner”
Le Web à la recherche d’une difficile régulation
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La commission dirigée par le sociologue Gérald Bronner vient de rendre son rapport sur les « Lumières à l’ère numérique » : si le volet pédagogique n’emporte guère l’assentiment, ce texte montre à quel point le Web, comme la presse au XIXe siècle, est un Far West informationnel, où le vrai et le faux, le réel et le publicitaire s’entremêlent.
Ce qui est curieux avec le « rapport Bronner », c’est que les propositions qui tiennent peut-être le plus au cœur de ses rédacteurs ne sont pas les plus enthousiasmantes. C’est en effet sur le volet éducatif qu’on reste un peu perplexe. Le rapport suggère de créer ou de renforcer deux types de pédagogie au sein de l’Éducation nationale. D’abord, il recommande de développer un « enseignement de la pensée critique », dont le contenu est encore vague. S’agit-il de développer des « compétences argumentatives » ? De sensibiliser via des tests et des exercices aux pièges que nous tendent les biais cognitifs ? De découvrir le b.a.-ba de la logique ? Ou encore, d’apprendre à détecter les manipulations des statistiques et les sophismes, comme le proposait en 2005 le Petit Cours d’autodéfense intellectuelle du philosophe canadien Normand Baillargeon qui, dans le contexte culturel de l’Amérique du Nord, proposait des techniques pour ne pas se laisser enfumer par la propagande des lobbys ?
Cela reste bien flou – et d’ailleurs, le rapport le reconnaît par la tournure même de sa recommandation n°25, qui propose de « solliciter l’expérience des enseignants pour qu’ils recensent les aspects des programmes les plus contre-intuitifs pour les élèves et les erreurs les plus fréquentes qui en découlent, notamment en termes de raisonnement. Cette cartographie des difficultés cognitives permettrait de poser les jalons d’une pédagogie de la méta-cognition ». Hum… on attend de voir ce que cela donnera au collège Vautrin-Lud à Saint-Dié-des-Vosges (au hasard).
Mais là où l’on a vraiment envie d’être un peu goguenard, c’est quand le rapport propose de pousser l’ÉMI (encore un de ces acronymes si chers à l’Éducation nationale !), c’est-à-dire à l’Éducation aux médias et à l’information. Là, on devine un projet très politique, puisque l’ÉMI « est inscrite dans la loi d’Orientation pour la Refondation de l’École du 8 juillet 2013 et constitue un des éléments du ‘‘parcours citoyen’’ ». Mais comment donner consistance à un tel enseignement ? Dans l’université française, les media studies – départements très développés aux États-Unis – sont balbutiantes. On s’interroge sur le moyen de mettre en place un enseignement de qualité qui ne serait adossé à aucun corpus littéraire et scientifique précis disponible en français, et qui ne peut être porté par aucune équipe pédagogique formée.