Entretien

Rachel Théodore : “Au Chili, la figure de Pinochet demeure un marqueur identitaire et politique fort”

Temps de lecture : 8 min

Rachel Théodore : “Au Chili, la figure de Pinochet demeure un marqueur identitaire et politique fort”

Las Condes, dans la région de Santiago (Chili), le 14 décembre 2025. Un partisan du président chilien élu José Antonio Kast tient une photo du dictateur Augusto Pinochet (1973-1990) pour célébrer l’élection de Kast. © Jesus Martinez/Sipa

Cet article est réservé aux abonnés.

Le candidat d’extrême droite José Antonio Kast, admirateur assumé et héritier revendiqué de Pinochet, vient de remporter l’élection présidentielle au Chili. Une surprise ? Pas vraiment, selon Rachel Théodore, chercheuse en sciences politiques à l’Universidad Mayor de Santiago. Nous l’avons interviewée pour comprendre l’état de la démocratie chilienne.


 

Qui est José Antonio Kast ?

Rachel Théodore : José Antonio Kast est un avocat, né d’une famille d’immigrants allemands [et d’un père membre du parti nazi qui a fui l’Allemagne après guerre, avec un grand frère ministre pendant la dictature]. Il a d’abord construit sa carrière au sein de l’Unión Demócrata Independiente – la droite conservatrice pro-Pinochet, parti fondé par Jaime Guzmán, le père de la Constitution de 1980. C’est sous cette étiquette qu’il été élu député. Il a ensuite quitté le parti, affirmant qu’il était devenu trop modéré, pour créer le Parti Républicain (Partido Republicano), qui incarne une droite plus identitaire. Candidat à la présidentielle en 2017 et en 2021, où il obtient la première majorité au premier tour, Kast a réussi à canaliser le mécontentement d’une partie de l’électorat.

“Au Chili, Pinochet reste apprécié par les conservateurs et l’élite économique, pour qui il a ‘sauvé le pays’ du socialisme” Rachel Théodore

 

Quels ont été ses arguments de campagne ?

Kast a construit sa campagne autour de l’idée que le Chili serait entré dans une phase de déclin depuis la révolte sociale de 2019 et qu’un retour à l’ordre s’imposait face aux politiques de gauche, qu’il accuse d’avoir fragilisé les institutions. Il s’est progressivement imposé comme le chef de file d’une droite dure, en rupture avec la droite traditionnelle incarnée par Sebastián Piñera [ancien président du Chili], en structurant le débat politique autour de thèmes centraux : la sécurité et la lutte contre l’immigration – en particulier vénézuélienne et colombienne –, la relance de la croissance économique ainsi que la défense d’un modèle social ultra-conservateur, notamment opposé à l’avortement, et d’un modèle économique néolibéral, dans la droite ligne de Milton Friedman.

 

De quelle extrême-droite s’agit-il ? S’inspire-t-il d’autres figures à l’étranger ?

Sur le plan idéologique, Kast revendique une proximité avec des figures comme Donald Trump – qu’il a déclaré vouloir inviter lors de sa prise de fonction –, Jair Bolsonaro au Brésil et Javier Milei en Argentine. Il défend une ligne néolibérale radicale fondée sur la réduction drastique des dépenses publiques, à travers d’importantes coupes budgétaires, et sur une critique virulente de l’« assistanat social ». Dans cette perspective, la protection sociale ne doit pas relever prioritairement de l’État mais être largement régulée par les mécanismes du marché.

Cet article est réservé aux abonnés