Allemagne / Extrême droite

“Remigration” : un vieux démon identitaire ?

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“Remigration” : un vieux démon identitaire ?

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Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En Allemagne, des millions de personnes se mobilisent contre l’extrême droite identitaire allemande et son projet de « remigration », censé « purifier » le peuple de ses immigrés inassimilés.

Une villa cossue au bord d’un lac, non loin de Wannsee où s’est tenue la conférence du même nom. C’est là que se sont pressées une vingtaine de personnalités de l’extrême droite allemande, invitées par un dentiste à la retraite et le fondateur d’une chaîne de sandwichs, pour discuter de la « survie du peuple ». Parmi elles, des responsables d’Alternative für Deutschland (AfD), créditée de 20 % des intentions de vote pour les élections européennes – ce qui en ferait la deuxième force politique du pays. Au cœur du scandale, une intervention de Martin Sellner, théoricien du Mouvement identitaire, qui défend un plan de « remigration » des immigrés afin d’« annuler la colonisation [du pays] par des étrangers ». Pour cela, il faudrait éloigner les demandeurs d’asile, les détenteurs d’un titre de séjour mais aussi tout personne « non assimilée » – y compris des citoyens de nationalité allemande. Il faudrait exercer une « forte pression » pour les contraindre à s’adapter à la culture locale, via des « lois sur mesure ». Sellner envisage même la création d’un État en Afrique du Nord censé héberger ces « indésirables » – près de 2 millions de personnes. Impossible pour les Allemands de ne pas penser à la conférence de Wannsee, où des dignitaires nazis décidèrent en 1942 de la Solution finale, ou encore au plan Madagascar esquissé en 1940 pour déporter les Juifs sur l’île en question. Des milliers de personnes ont manifesté contre l’AfD, dont la direction était certes absente de la réunion mais qui défend la remigration dans ses programmes. Des députés veulent par ailleurs faire interdire le parti par la cour constitutionnelle.

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