L'écho de l'actualité
Radar. Novembre 2011
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Cet article est issu du numéro 54 de Philosophie magazine « 54 - novembre 2011 », en kiosque le 27 octobre 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Russie/ 24 septembre
Poutine et Medvedev officialisent leur accord pour échanger leurs postes à la tête de l’État en 2012.
On s’interrogeait depuis plusieurs mois sur l’éventualité d’un duel entre les deux hommes forts du régime russe, le tout-puissant Premier ministre Vladimir Poutine, qui avait dû céder sa place pour raisons constitutionnelles en 2008, et son successeur, le président Dmitri Medvedev, réputé plus moderne et libéral. Il n’en sera rien. Medvedev l’a annoncé lui-même lors du congrès de Russie unie, le parti majoritaire : « Je pense qu’il serait bon que le congrès soutienne la candidature du chef du parti, Vladimir Poutine, au poste de président du pays. » Poutine a aussitôt rendu la pareille à son complice en l’assurant du poste de futur Premier ministre : « Je suis sûr que Russie unie va gagner [les législatives de décembre] et que, sur la base de ce soutien populaire, Dmitri Anatolievitch [Medvedev] pourra créer une équipe nouvelle, jeune, efficace et énergique, et diriger le gouvernement de la Russie. » Ainsi donc, six mois avant qu’elles n’aient lieu, les élections sont pliées, et Poutine est assuré de récupérer la présidence. En prime, une durée de mandat rallongée devrait lui permettre, s’il est encore réélu en 2018, de régner jusqu’en… 2024 ! En démocratie, la remise en jeu périodique du pouvoir autour d’une compétition électorale ouverte est bien plus qu’un simple artifice pour sélectionner les représentants de l’autorité. Comme l’a souligné à de multiples reprises le philosophe Claude Lefort, elle est au cœur du dispositif symbolique qui fait du pouvoir démocratique un « lieu vide », inappropriable, et qui instaure dans toute l’étendue de la société la légitimité du conflit (entre les générations, les classes, les autorités, etc.). En réduisant la compétition pour le pouvoir, et l’idée même d’alternance, à un simulacre, Poutine ne s’approprie pas seulement, personnellement, la totalité du pouvoir, il signifie à tous qu’il n’y a plus lieu en Russie de débattre et de s’opposer sur rien.