Colonisation
Indemniser les esclavagistes : le match Condorcet-Tocqueville
Portrait d'Alexis de Tocqueville (1805-1859), ministre des Affaires Étrangères sous la seconde République, par Théodore Chassériau. 1850. © Photo Josse/La Collection
Portrait de Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet (1743-1794). Anonyme. © Josse/La Collection
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Fallait-il dédommager les colons qui exploitaient des esclaves ? Oui, selon Tocqueville : c’est une question d’équité. Surtout pas, réplique Condorcet : cela reviendrait à indemniser un voleur ! Retour sur un débat d’actualité, alors que le CNRS vient de mettre en ligne la liste des européens qui ont été remboursés par l’État au moment de l’abolition.
Tocqueville
« Quelque respectable que soit la position des noirs, quelque sainte que doive être à nos yeux leur infortune, qui est notre ouvrage, il serait injuste et imprudent de ne se préoccuper que d’eux seuls. La France ne saurait oublier ceux de ses enfants qui habitent les colonies ni perdre de vue sa grandeur […]. Si les nègres ont droit à devenir libres, il est incontestable que les colons ont droit à n’être pas ruinés par la liberté des nègres. Les colons ont profilé, il est vrai, de l’esclavage ; mais ce n’est pas eux qui l’ont établi : la métropole a, pendant plus de deux cents ans, favorisé de tout son pouvoir les développements de cette institution détestable, et c’est elle qui a inspiré à nos compatriotes d’outre-mer les préjugés dont maintenant l’impression nous étonne et nous irrite. […] La dernière garantie qu’il est équitable d’accorder aux colons c’est une indemnité représentant la valeur vénale des esclaves mis en liberté. […] Il serait contraire à toutes les notions de l’équité et à l’intérêt évident de la métropole, d’enlever aux colons leurs esclaves sans les indemniser de leurs pertes. »