L’écho de l’actualité
Radar. Septembre 2011
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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Autriche, 4 juillet 2011
Les habitants de Hallstatt scandalisés par la construction d’une copie conforme de leur village en Chine.
Les 900 habitants de Hallstatt, dans les Alpes autrichiennes, sont incrédules. Ils ont appris que leur village, classé au Patrimoine mondial de l’Unesco pour ses pittoresques maisons sur pilotis nichées entre un lac aux eaux profondes et des montagnes abruptes, était en train d’être entièrement reconstitué dans le sud-est de la Chine. L’entreprise de BTP China MinMetals, qui a déjà des projets de style allemand, espagnol, britannique et italien, prévoit six ans de travaux et 645 millions d’euros pour cloner ce « décor » autrichien idyllique et y attirer les nouveaux riches chinois. Y a-t-il une propriété intellectuelle, morale, politique, sur un collectif historique tel qu’une ville ? Selon les spécialistes du patrimoine, la duplication est légale – on trouve d’ailleurs déjà plusieurs versions miniatures des grandes villes européennes en Chine – à condition que les propriétaires donnent leur autorisation à la prise des mesures photographiques. À Hallstatt, ce sont des « touristes espions » qui auraient été chargés par l’entrepreneur de prendre des photos très précises du site… sans en avertir les habitants. Dans La Guerre du faux, publié en 1985 (Grasset), Umberto Eco s’inquiétait de la manière dont les Américains s’emparaient dans leurs parcs d’attractions et leurs musées de cire de lieux de mémoire issus de l’histoire et de l’art européens pour les transformer en spectacle de divertissement. Il y voyait le surgissement d’une nouvelle réalité, « l’hyperréalité du faux absolu ». En prenant le relais de l’Amérique dans la guerre du faux, la Chine franchit un cap supplémentaire dans cette opération de falsification du réel ou de réalisation du faux : elle transforme les villes et villages européens en… résidences de luxe. En tant qu’Européen, on ne sait si on doit s’en flatter ou s’en affliger.