2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années
2010-2011 : les “printemps arabes”
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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’événement
17 décembre 2010. À Sidi Bouzid, en Tunisie, Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant, s’immole par le feu après la confiscation de sa marchandise par la police municipale. Son geste provoque une vague de manifestations contre le chômage, la corruption et l’arbitraire du régime de Zine el-Abidine Ben Ali. Le 14 janvier 2011, Ben Ali quitte le pays. Sa chute marque le point de départ des « printemps arabes » : un cycle de soulèvements populaires qui s’étend à l’Égypte, à la Libye, à la Syrie, ouvrant une séquence d’espoirs démocratiques.
Making-of
Nous avons aussitôt interrogé plusieurs intellectuels tunisiens avec qui nous étions en contact. Au téléphone, dans leurs messages, ils partagent leur enthousiasme et jouissent pleinement de la liberté de parole retrouvée !
Extrait du n° 47 : “Les dictatures prennent peur”
Le témoignage d’Hamadi Redissi, professeur de sciences politiques
« Le 14 janvier, le jour le plus court au monde. En quelques heures, une tyrannie qu’on croyait perpétuelle s’est effondrée. La longue histoire s’est subitement écourtée. Elle en avait marre de s’étaler paresseusement dans le temps : enfin, elle se rattrape elle-même. Comme ce peuple dont on avait tout dit : docile, servile, infantile, une masse atomisée dans une galaxie cadenassée par les polices de Ben Ali […] Pour que l’histoire s’accélère, il faut une dynamo et une chance. La jeunesse tunisienne a été le deus ex machina de la révolution tunisienne. Le chômage endémique a fait sortir diplômés et désespérés dans la rue. Et les enfants des classes moyennes ont pris Facebook, la place forte de ce soulèvement. […] Cette révolution est plus qu’une chance. À ce jour, elle est libérale, démocratique et laïque, menée par des gens qui tiennent en horreur la dictature et haïssent l’islamisme. […] Dans la région, les dictatures arabes prennent peur. La révolution tunisienne a un contenu universel : elle nous dit qu’une démocratie libérale est possible dans un pays arabe, et pas seulement souhaitable. Citez-moi un seul pays qui chasse un tyran sanguinaire en une vingtaine de jours ! »