Histoire
Rapport Stora sur l’Algérie : la mémoire du mal
Le 17 octobre 2001 à Paris, plusieurs centaines de personnes – dont des dirigeants politiques, associatifs et syndicaux – descendent dans la rue pour honorer la mémoire des victimes algériennes, tuées lors d’une manifestation se tenant jour pour jour quarante ans auparavant. © Éric Feferberg/AFP
« Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens. […] Celles et ceux qui détiennent entre leurs mains l’avenir de l’Algérie et de la France n’ont aucune responsabilité dans les affrontements d’hier et ne peuvent en porter le poids. » En juillet dernier, Emmanuel Macron confiait à l’historien français Benjamin Stora, qui a lui-même grandi en Algérie, la charge de proposer des pistes pour réconcilier les mémoires blessées des deux pays.
De ce travail, l’historien a tiré un rapport, récemment publié. Il y pointe du doigt l’oubli qui a longtemps caractérisé la position française : la réalité « n’avait pas été suffisamment nommée, montrée, assumée dans et par une mémoire collective. » Et d’ajouter que « la reconnaissance pratique d’exactions commises pendant la guerre d’Algérie, était une condition essentielle pour aller vers une mémoire plus apaisée ». Une mémoire des faits, pour échapper à la rancœur des victimes comme à la culpabilité dévorante des bourreaux, en somme. Stora propose ainsi la création d’une commission « Mémoire et vérité », « chargée d’impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoire. »
Mais faire l’histoire du mal, n’est-ce pas oublier la nature profonde du mal : une déchirure irréconciliable, qui sape toute possibilité de dialogue ? Examen de conscience, avec Jankélévitch et Derrida.