Repérages / Février 2019
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Cet article est issu du numéro 126 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une saine colère ? », en kiosque le 10 janvier 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’image
Soigner les animaux par la musique
Un pianiste jouant pour un pachyderme mélomane et gourmand dans un théâtre de verdure… L’image pourrait faire sourire. Et pourtant, l’histoire qu’elle raconte est tout sauf joyeuse. Le pianiste, britannique, est un certain Paul Barton. Son projet ? Apporter, par la musique, un peu de réconfort aux éléphants malades, maltraités ou blessés, recueillis dans le sanctuaire Elephant World, situé en Thaïlande. Chopin, Bach ou Debussy sont mis à contribution pour apaiser ces imposants mammifères, souvent victimes de mauvais traitements dans un pays où nombre d’entre eux sont exploités pour divertir les touristes étrangers.
Chez l’homme, l’utilisation de la musique pour soulager angoisses traumatiques et dépressions s’est démocratisée. Le neurologue Oliver Sacks, l’un des pionniers de la musicothérapie, affirmait, dans Musicophilia (2015), que « la musique est médicalement bienfaisante ». Et d’en expliquer le mécanisme : « L’inexprimable profondeur de la musique […] est due au fait qu’elle reproduit toutes les émotions de notre for intérieur, mais ces émotions sont dépouillées de toute réalité et détachées de notre douleur. » Alors que la souffrance de l’animal est de plus en plus admise, faut-il donc reconnaître aux bêtes des émotions esthétiques ? Il est en tous cas indéniable que ces éléphants, souvent aveugles, éprouvent un réel bien-être à l’écoute du pianiste. Certains esquissent d’ailleurs parfois, sans dressage, quelques pas de danse. Ainsi, si le langage des mots est le propre de l’homme, la musique apparaît comme un langage de l’émotion plus originel. Elle « peut percer le cœur directement ; elle n’a besoin d’aucune médiation » et ouvre peut-être, quoique Sacks n’en dise mot, un espace de sensibilité partagée entre l’homme et l’animal.