Tribune
Guillaume le Blanc : “Les protestations contre le vaccin cachent l’hyper-individualisme de nos sociétés”
Guillaume Le Blanc, en 2012. © Philippe Matsas/Opale/Leemage
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Comment interpréter la réticence d’une majorité de Français à se faire vacciner contre le Covid-19 ? Pour Guillaume le Blanc, spécialiste de Georges Canguilhem, ce phénomène exprime une volonté légitime de retrouver un pouvoir sur son propre corps… mais aussi une forme d’égoïsme qui fait fi de nos « interdépendances » en matière de santé. Il explique pourquoi il ira se faire vacciner.
« Personnellement, je me ferai vacciner. D’une manière générale, je suis favorable aux vaccins, même si je trouve qu’il y a quelque chose de paradoxal à demander aux gens s’ils sont pour ou contre les vaccins anti-Covid alors qu’ils sont déjà vaccinés contre toutes sortes de pathologies, et par là même protégés. C’est comme si, en plein milieu d’un match de football, on s’interrompait pour demander aux joueurs s’ils sont pour ou contre le football ou s’ils veulent revoir les règles de ce sport.
Qu’est-ce qu’un vaccin, en fait ? Ce n’est pas une arme qui va détruire une menace biologique et qui nous rendrait maîtres du vivant. Non, c’est un dispositif qui permet au vivant humain de s’aventurer dans un milieu comportant des virus et des microbes. La vaccination doit être pensée, d’un point de vue philosophique, comme une forme d’accommodation, plutôt que comme une appropriation ou une maîtrise. On entre en co-composition avec des virus, on forme une zone de viabilité et de voisinage avec eux.