Cinéma

Rock the Kremlin

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125-ArtsFilmLeto

Leto de Kirill Serebrennikov © Kinovista / Bac Films

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Cet article est issu du numéro 125 de Philosophie magazine « Et vous, comment faites-vous la fête ? », en kiosque le 28 novembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Avec son film “Leto” (en salles le 5 décembre), le cinéaste Kirill Serebrennikov rend un hommage tout sauf nostalgique au groupe de new wave soviétique Kino et à son leader charismatique Viktor Tsoï.

« Changement ! » De cette injonction, le chanteur soviétique Viktor Tsoï fait un mot d’ordre et un tube, en 1986. La Russie est alors portée par un vague de libéralisation, la perestroïka. Les groupes underground, longtemps dans le collimateur des autorités, peuvent se produire dans les salles de concerts, plutôt sagement. À Leningrad (ex-future-Saint-Pétersbourg), plus encore qu’à Moscou, souffle un vent de liberté. Les textes continuent cependant d’être visés par la censure, si bien que la question se pose à ces jeunes émancipés : l’esprit rock peut-il composer avec le pouvoir ? Des groupes imitent les mélodies venues de l’Ouest sans trop d’audace, quand d’autres tentent d’incarner une véritable dissidence. Viktor Tsoï est de ceux-ci. Sur les pas de Bob Dylan chantant son opposition à la guerre du Vietnam, il compose un titre contre la guerre d’Afghanistan. Dans Leto (« été », en russe), le cinéaste Kirill Serebrennikov suit l’ascension de ce jeune rocker aux traits anguleux. Filmées en noir et blanc, avec de rares éclats de couleur, les images sont parfois rehaussées de dessins. Le réalisateur surimpose ainsi ses fantasmes à la réalité. Dans un tramway, il imagine par exemple faire chanter jeunes et vieux sur The Passenger d’Iggy Pop ; ailleurs, ces rockers se mettent à entonner le Psycho Killer des Talking Heads à bord d’un train, en asticotant les voyageurs, sûrs de tenir tête aux autorités. Dans un aparté, l’un des acteurs indique malheureusement : rien de tout ceci n’a existé. Kirill Serebrennikov évoque les espoirs mais aussi les rêves empêchés et l’énergie contenue. Lui-même a été assigné à résidence au cours de l’été 2017, peu avant la fin du tournage de son film, et accusé par les autorités d’avoir détourné des subventions publiques attribuées à sa troupe de théâtre. Le procès de ce défenseur des droits des homosexuels et de la liberté d’expression a débuté en octobre.

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