Crise en Ukraine
Lev Goudkov : “Le Kremlin ne parvient plus à exciter les sentiments anti-occidentaux des Russes”
Tempête de neige dans les rues de Moscou, le 5 janvier 2022. © Sefa Karacan/Anadolu Agency/AFP
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Pour le sociologue russe Lev Goudkov, le discours nationaliste officiel du Kremlin convainc de moins en moins des Russes appauvris et fatigués de l’exaltation patriotique. Mais cette lassitude n’est pas entendue entre les murs du Kremlin. Entretien.
D’après vos sondages, quels sont les sentiments de la population russe face aux bruits de bottes autour de l’Ukraine ?
Lev Goudkov : Les Russes ont de plus en plus peur d’une guerre en Ukraine ou contre l’Occident. En décembre dernier, 56 % de la population craignait un conflit. Aujourd’hui, ils sont presque 70 %, le plus haut taux jamais enregistré par nos sondeurs. La première préoccupation des gens est la santé de leurs proches en période de pandémie. Mais pour la première fois, d’après nos enquêtes, la peur d’une guerre mondiale est devenue leur deuxième souci principal. Cette peur est liée à la rhétorique militariste, à l’idée d’une grande confrontation avec l'Occident, insufflée par les médias d’État depuis des années. 37 % des sondés jugent probable un conflit avec l’Ukraine. Mais un quart de la population pense qu’une guerre globale avec les pays occidentaux est possible.
Certains veulent-ils la guerre ?
Ils sont une large majorité – 58 % – à ne pas la vouloir. Ils n’en voient pas la signification. Les raisons économiques jouent de plus en plus. En dix ans les revenus ont baissé de 12 à 15 %. L’inflation est importante. La pauvreté menace de larges couches de la population. La pandémie fait des ravages. Dans ce contexte, les discussions sur une guerre possible ont un caractère presque irréel. Elles irritent même la population.