Environnement

Sécheresse hivernale : la faute au climat ou au sol ?

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Sécheresse hivernale : la faute au climat ou au sol ?

© Keagan Henman/Unsplash

Dans l’Hexagone, l’hiver 2022-2023 aura été marqué par une sécheresse exceptionnelle. Effet du changement climatique ? Dès 1970, l’ingénieur Maxime Guillaume alertait plutôt sur l’état des sols.

 

  • Si les récentes pluies ont très légèrement atténué les effets de la grande sécheresse hivernale, les effets de semaines sans précipitation, à un moment où les nappes phréatiques sont censées se régénérer, auront sans doute des conséquences dévastatrices à moyen terme, en particulier cet été. Le déficit de pluies a dépassé 75% en février, quatrième mois de février le plus sec enregistré depuis 1959.
  • Il existe de bonnes raisons d’attribuer cette sécheresse aux effets du dérèglement climatique. On considère souvent qu’elle est le résultat de phénomènes atmosphériques qui se déroulent au-dessus de nos têtes, en l’occurrence le blocage d’un anticyclone. Cette explication est en partie exacte. Mais seulement en partie.
  • Si les phénomènes climatiques déterminent pour une part l’état des sols, ceux-ci influencent, inversement, les phénomènes atmosphériques. C’est ce qu’affirmait dès 1970 l’ingénieur agronome Maxime Guillaume dans son ouvrage Le sol fait le climat. À ses yeux la relation va même en priorité du sol vers le climat plutôt que l’inverse : « Dans ses efforts pour expliquer l’inconnu, l’homme a souvent pris l’effet pour la cause », écrit-il. « La croyance selon laquelle c’est le climat qui fait le sol est erronée. Tout montre, au contraire, que c’est le sol – avec ou sans l’homme – qui, après le soleil, fait le climat pour lui-même. »
  • Pour Guillaume, « le sol [est] un organisme vivant » qui « crée son ambiance (climat) », c’est-à-dire un milieu favorable à son propre épanouissement, un milieu qui « nourrit et protège sa végétation » en particulier. Lorsque le sol perd de sa vitalité, de sa « fertilité », il perd la capacité de former au-dessus de lui des conditions atmosphériques favorables, ce qui l’appauvrit davantage en retour. Un cercle vicieux se met en place.
  • Certains phénomènes climatiques extrêmes – dont le réchauffement général de notre planète multiplie aujourd’hui la fréquence – peuvent certainement conduire à cette dégradation des sols. Mais c’est surtout, montre Maxime, l’activité humaine (artificialisation, appauvrissement des sols, destruction du couvert végétal, etc.) qui en est responsable, et met en branle, par ses effets indirects, un mouvement de dérèglement climatique. Les phénomènes climatiques qui auraient pu autrement être supportés ou atténués, frappent alors avec une violence exacerbée.
  • Guillaume avertit, en conclusion de son ouvrage visionnaire : « Lorsque vous constaterez que les saisons ne se font plus, qu’elles sont déplacées, que le climat est détraqué, […] quand des sécheresses meurtrières pour tout ce qui vit se manifesteront et que des inondations dévastatrices séviront […] les observations et déductions exposées dans ce petit ouvrage vous permettront de comprendre pourquoi. » Son cri d’alarme n’a rien perdu de son actualité. Il s’est redoublé de la prise de conscience des effets délétères de l’activité humaine sur les équilibres atmosphériques.
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