L'exemple
Sénèque et le don sans retour
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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est à partir du voyage d’Ulysse que Sénèque explore la notion de bienfait. Dans le récit d’Homère, le voyageur se voit offrir un navire par le roi Alcinoos sans aucune contrepartie. Pour le stoïcien, qui prône toujours l’effort sur soi-même, le don doit être désintéressé, car il est pratiqué dans le but de faire le bien.
Quand Ulysse achève de raconter ses aventures au roi des Phéaciens, Alcinoos, celui-ci lui offre un navire pour rentrer à Ithaque sans rien exiger en échange. Cet épisode de l’Odyssée nous rappelle que, par-delà le respect des règles de l’hospitalité, les Anciens pratiquaient volontiers la gratuité. Mais c’est seulement huit siècles après Homère que fut élaborée une première réflexion spécifique sur le don. On la doit à Sénèque (v. 4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.), auteur d’un ouvrage injustement peu lu : Les Bienfaits.
Le grand philosophe stoïcien de la Rome antique y médite sur la générosité. Il établit que c’est « la marque d’une âme grande et belle, de ne chercher d’autre fruit du bienfait que le bienfait lui-même ». Le véritable don est ainsi à lui-même sa propre fin. Tout simplement parce que donner est un acte bon en soi et que le bien n’est ni morcelable ni quantifiable.