Shi 勢

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Cet article est issu du numéro 123 de Philosophie magazine « 123 - octobre 2018 », en kiosque le 24 septembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : chinois

Cet idéogramme exprime l’efficacité la plus simple et la réalité la plus complexe. Le sinologue François Jullien tente, dans La Propension des choses (1992), de rassembler les sens de ce terme infiniment riche. Il fait de shi, qu’il traduit par « potentiel » ou « disposition », ce qui permet de comprendre comment la pensée chinoise appréhende le réel. Rejetant les notions de cause et d’effet, elle y voit un déploiement singulier de chaque chose, une disposition à être invoquée tout en agissant par elle-même. Sun Tzu, qui consacre un chapitre au shi dans son Art de la guerre, estime ainsi que le bon général doit chercher le succès dans le « potentiel de la situation ». Bien employés, ses soldats sont comme des pierres rondes qui dévalent une montagne. C’est l’inclinaison de la pente et non le courage individuel qui explique la victoire. En calligraphie, le shi est la force qui parcourt la forme de l’idéogramme. En peinture, il suffit d’accrocher une brume à une montagne pour lui donner un effet (shi) de hauteur insondable. Selon Whang Fuzhi, philosophe du XVIIe siècle, le shi est aussi ce qui assure au réel son dynamisme : il diminue le « plein » qui ruinerait le processus par lequel la réalité se déploie continûment. Saisir en quelques traits « la propension qui régit le grand procès de la nature », telle serait donc la vertu du shi.