Vertiges
Si les quanta pouvaient parler… La chronique d’Étienne Klein
© Philip Oroni/Unsplash
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Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Une marque de cosmétiques a tout récemment annoncé la commercialisation d’une crème « quantique ». Un abus de langage qui démontre la difficulté de la transmission de la culture scientifique.
On le sait depuis plus d’un siècle : les grands principes de la physique classique ne sont pertinents que dans un domaine limité. Aux portes de l’atome, presque tous font faillite : des notions en apparence indiscutables à notre échelle en viennent à manquer de signification, et un certain sens commun se trouve condamné au dépôt de bilan. C’est alors la physique quantique, étrange et sulfureuse, qui prend le relais.
Comment en rendre compte de façon compréhensible ? Avec quels mots raconter le comportement des particules élémentaires, si bizarre qu’il semble impossible à traduire dans le langage ordinaire ? En toute rigueur, cela exige de tenter d’imaginer ce que diraient les équations de la physique quantique si elles pouvaient parler. Ceux qui s’y essaient en viennent systématiquement à creuser une sorte de langue étrangère au sein même de la langue, seul moyen d’y créer de nouveaux espaces permettant d’accueillir l’originalité des messages en provenance du monde quantique, stricto sensu indicible.