Édito

Soi-même comme un autre

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135-Edito-Berberian

© Charles Berberian

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Cet article est issu du numéro 135 de Philosophie magazine « Peut-on se mettre à la place des autres ? », en kiosque le 28 novembre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Je n’ai jamais vraiment réussi à me mettre d’avance à la place de moi-même.

Je m’explique : par le passé, quand j’ai été confronté à un changement de vie décisif, je n’ai pas su anticiper correctement l’état dans lequel je me retrouverais après le changement. Je me suis découvert en proie à des émotions, à des désirs, à des pensées dont rien ne lais­sait supposer la venue ni l’intensité dans la situation précédente.

De tels changements peuvent avoir plusieurs natures, mais, en général, ils touchent aux étais de l’existence : il s’agit par exemple d’une séparation amoureuse, d’un nouveau métier, d’un déménagement. Chaque fois que je me suis retrouvé devant des chemins existentiels qui bifurquent, j’ai tenté, afin d’effectuer les bons arbitrages, de comprendre où chaque voie qui s’offrait m’emmenait, à quels paysages elle ouvrait. Mais j’ai fait les plus grossières erreurs. Quand j’imaginais qu’une séparation se révélerait une libération, une explosion de vitalité, je me suis retrouvé en proie à l’angoisse et à l’esseulement. Ou bien, au contraire, quand je considérais qu’un déménagement – de la ville pour la campagne – serait un arrachement inconfortable, suivi d’un patient retissage des habitudes, je me suis aperçu qu’il m’apportait immédiatement une sérénité insoupçonnée.

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