France / Islamisme

Souleymane Bachir Diagne. “Il faut tuer l’esprit en soi pour un tel passage à l’acte”

Temps de lecture : 3 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 134 de Philosophie magazine « Pourquoi sommes-nous si fatigués ? », en kiosque le 24 octobre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La tuerie perpétrée à la préfecture de police de Paris par Mickaël Harpon le 3 octobre inquiète non seulement parce qu’elle touche le renseignement français de l’intérieur, mais aussi parce qu’elle a été commise dans un milieu de travail familier. Comment éviter de tomber dans une société du soupçon ? Réponse avec le philosophe Souleymane Bachir Diagne qui vient de faire paraître un livre d'entretien La Controverse (Philosophie magazine Éditeur-Stock).

Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans la tuerie de la préfecture ?

Souleymane Bachir Diagne : Le plus troublant est que l’auteur de la tuerie connaissait très bien ses victimes, avec qui il travaillait depuis des années dans les mêmes bureaux. On se demande ce qui s’est passé dans son esprit pour qu’il puisse assassiner des personnes si proches. Lorsqu’un terroriste écrase des piétons à l’aide d’un camion, il assassine des personnes qui ne sont pour lui que des silhouettes. Alors que Mickaël Harpon a tué des collègues, dont certains étaient peut-être ses amis. Son passage à l’acte est un grand mystère. Je me demande quelle nuit de l’esprit en est la cause. Le profil du tueur va se préciser avec l’enquête. Mais la grande question reste celle de sa descente dans cette nuit de l’esprit. On peut penser que la surdité dont il souffrait l’isolait du monde extérieur et lui permettait de « couper le son » en quelque sorte. Cela fait également penser à ce que Hannah Arendt appelait « l’absence de pensée » d’un être comme Adolf Eichmann, l’un des grands organisateurs de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette nuit de l’esprit exprime paradoxalement un manque de spiritualité. Mickaël Harpon a commis en effet l’acte le moins religieux qui soit. Il faut tuer l’esprit en soi pour un tel passage à l’acte.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

DieuRationalisme