Polémique
Spinoza est-il toujours maudit dans la communauté juive ?
Portrait de Baruch Spinoza (1632-1677). © Wellcome Collection
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L’histoire se répèterait-elle ? Plus de 350 ans après que Baruch Spinoza a été excommunié de la communauté juive d’Amsterdam, en 1656, c’est au nom de cette condamnation d’un autre âge que l’universitaire américain Yitzhak Melamed, qui tournait un documentaire sur le philosophe, s’est vu à son tour refuser l’entrée de la synagogue portugaise d’Amsterdam. Il s’est entretenu avec nous.
Plusieurs siècles après leur condamnation, Socrate et Galilée ont été réhabilités. Pourquoi n’est-ce toujours pas le cas de Spinoza, malgré plusieurs révisions de son procès ?
Yitzhak Melamed : On pourrait trivialement répondre à votre question que le judaïsme n’a pas d’autorité centralisée qui permettrait de décider de questions telles que le hérem (חרם). J’ai grandi à Bnei Brak, la ville la plus ultra-orthodoxe d’Israël, et il ne fait aucun doute que certains érudits rabbiniques de la ville ont étudié l’Éthique de Spinoza… et qu’ils l’étudient encore. Il semble pourtant qu’au sein de la communauté juive portugaise d’Amsterdam, il existe toujours une véritable animosité contre Spinoza, aussi bien de la part du rabbin que de celle des dirigeants laïcs. De mon côté, je dois admettre que j’ai été bien plus amusé par la décision des dirigeants laïcs de la communauté de ne pas nous autoriser à filmer dans la synagogue que par le comportement du rabbin. Je connais les fanatiques religieux, et dans la mesure où ils défendent leur point de vue avec intégrité, je suis tout à fait disposé à discuter avec eux. En revanche, j’apprécie moins les courtisans qui font leur possible pour donner le sentiment d’être éclairés, tout en s’en tenant à des pratiques antilibérales.