Entretien

Stephen Muecke : “La philosophie aborigène questionne les modes d’appartenance”

Temps de lecture : 4 min

Peinture aborigène sur écorce montrant le chemin parcouru par l’âme dans son voyage vers l’autre monde

Peinture aborigène sur écorce montrant le chemin parcouru par l’âme dans son voyage vers l’autre monde. Collection privée © www.bridgemanart.com

Cet article est réservé aux abonnés.

Quelle est la philosophie des aborigènes d’Australie ? La réponse du linguiste Stephen Muecke, à l’occasion de la Semaine des cultures aborigènes et insulaires du détroit de Torrès (Naidoc Week).

 

La philosophie est souvent associée à la tradition occidentale. Quel sens y a-t-il à parler de “philosophie aborigène” ?

Stephen Muecke : Si la tradition occidentale a dominé le champ de la philosophie à l’échelle mondiale pendant une longue période, d’autres traditions ont également fait montre de leur grande importance, par exemple celles de l’Asie de l’Est et du Sud. La philosophie indigène australienne a elle aussi un rôle à jouer, de même que la philosophie africaine, qui répond à l’hégémonie occidentale en la matière selon des modalités variées et complexe. La pluralisation – une réaction à la domination occidentale – permet de « provincialiser » les philosophies occidentales, de sorte que les énoncés qu’ils pensent universels commencent à apparaître comme de plus en plus singuliers. Il est fondamental de faire une place à l’altérité radicale. Et la philosophie indigène australienne est, elle, radicalement différente !

 

Quelles sont les différences entre les philosophies occidentale et indigène d’Australie, alors ?

On peut lister les différences majeures.

1) Cette philosophie n’est pas « cognitive », elle n’est pas considérée comme une activité individuelle et interne. Cette pensée se déploie en dehors du crâne. Il faut laisser de côté la centralité de concepts européens comme « esprit » ou « âme ». Et découvrir où se situe la connaissance.

Cet article est réservé aux abonnés