Stratagème n°2. Savoir coller une étiquette

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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Pour l’emporter sur votre adversaire, attaquez-le sur ce qu’il est et non sur ce qu’il dit. Il est difficile d’échapper à son sexe, à son âge, à sa situation sociale. C’est pourquoi s’y référer peut se révéler très efficace : si vous parvenez à faire croire que les thèses de votre adversaire émanent des intérêts de son groupe d’appartenance, les préjugés négatifs concernant la valeur du groupe en question achèveront de vous donner raison. Sans verser dans l’injure raciale, évidemment stupide et odieuse, vous pouvez suggérer qu’en tant que Parisien ou socialiste tendance caviar, votre interlocuteur a perdu tout contact avec les réalités populaires. C’est ce que les sociologues appellent : « Naturaliser le déviant. » Ainsi, dans Stigmate (1963), le sociologue Erving Goffman montrait que tout écart par rapport à l’idéal du bon citoyen américain (« jeune père de famille marié, blanc, citadin, hétérosexuel, protestant, diplômé et sportif ») pouvait marginaliser l’individu. Pas sûr que l’investiture d’un président noir à Washington démente ce constat. Un récent sondage montre en effet que plus de 30 % des Américains croient que Barack Obama est musulman (ils n’étaient que 7 % lors de son élection). Signe que ses adversaires républicains veulent le stigmatiser en passant d’un écart réel mais peu opérant (sa couleur de peau), à un écart imaginaire mais efficace (sa religion). À l’âge du communautarisme, ce stratagème est d’usage délicat, mais en ravivant des préjugés qui ne demandent que ça, il s’avère redoutable.

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