Stratagème n°20. Soyez « à-quoi-boniste » !

Temps de lecture : 2 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

COMMENT S’EN SERVIR

Pour sortir d’un débat qui tourne à l’avantage de votre adversaire, prenez l’initiative de le conclure en bloquant l’échange. Dites simplement : « Quand vous aurez démontré que nos points de vue sont radicalement opposés, qu’est-ce que ça changera ? » La force de ce stratagème est de remettre en cause le principe du débat – la recherche d’un accord consensuel. Utilisé habilement, ce piège vous permet de faire croire que votre adversaire est inflexible et même mal intentionné. Alors à quoi bon continuer à discuter puisque le dialogue engagé s’apparente à un monologue ? Lors du débat présidentiel contre Jacques Chirac du 28 avril 1988, François Mitterrand avait utilisé cette astuce : « Quand vous aurez dit, vous, que les socialistes ont tout raté et quand j’aurai répondu que vous avez tout raté, en quoi aurons-nous fait avancer les affaires de la France ? » Il avait laissé sans voix son adversaire. Certains philosophes n’ont pas hésité à procéder de la même manière. Ainsi Spinoza opposa une fin de non-recevoir aux questions de Blyenbergh sur le mal dont l’auteur de l’Éthique niait l’existence. L’une des lettres que le philosophe adressa au savant calviniste s’achevait sur l’affirmation agacée qu’on pourrait « poser cent questions du même genre au cours d’une seule heure, sans jamais arriver à aucune solution ». L’histoire retiendra – à tort ? – que Blyenbergh fut un obstiné, sinon un imbécile, incapable de comprendre la philosophie de Spinoza.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Langage