Santé
Témoignage (1/2) : “Je vis avec un TDA/H depuis l'enfance, voici mon expérience”
© Cdd20/Pixabay
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Virgile Ackah-Miezan, stagiaire à Philosophie magazine, est atteint d’un TDA/H, trouble du déficit de l’attention, qui se traduit par une incapacité pathologique à se concentrer et se motiver. Effet de mode, véritable pathologie ou conséquence d’une addiction numérique ? Dans ce témoignage fort, que nous publions en deux parties, il décrit l’expérience de ce trouble et apporte des clarifications à son sujet.
Aussi loin que je m’en souvienne et jusqu’à très récemment – depuis le début du traitement –, on dit de moi que je suis dans la lune. Enfant j’aurais bien voulu me défaire de ce stigmate peu valorisant, source continuelle d’engueulades et de moqueries. Jour après jour, je constatais, ahuri, que mes camarades disposaient d’un sixième sens et d’un pouvoir magique, leur permettant de savoir ce qu’on attendait d’eux et de le faire.
Écouter les consignes, s’en souvenir et se motiver pour les suivre, aller se ranger au bon endroit, à l’heure, ne pas perdre ses affaires, rester assis, autant de tâches qui me paraissaient tout à fait naturelles – tant elles l’étaient pour les autres – mais qu’une incompréhensible malchance me faisait irrémédiablement manquer. Je me promettais cette fois, aujourd’hui, ce trimestre, cette année, de faire un peu attention ; alors, sortant de ma rêverie, je me rendais compte que c’était de moi qu’on riait parce que je n’avais pas respecté la consigne, que le prof m’avait interrogé ou que c’était à mon tour de courir, et que l’année s’était passée exactement comme les précédentes.
Un déficit physique
Avoir un trouble de l’attention, que ce soit avec ou sans hyperactivité (d’où le « /H » de l’acronyme TDA/H), c’est présenter des difficultés pathologiques à la motivation. Le lien entre attention et motivation ne semble pas si naturel, mais ces deux facultés constituent en réalité une seule et même fonction cérébrale qui dépend de la régulation de deux neurotransmetteurs, la dopamine et la noradrénaline. Le TDA/H n’est pas une mode ou un caractère psychologique ; c’est une condition du cerveau qui se traduit par un déficit de ces deux neurotransmetteurs. Le cerveau des personnes atteintes de TDA/H manque de la dopamine nécessaire pour filtrer les distractions, rester concentré sur une tâche et maintenir la motivation, ce qui crée chez le sujet une lutte constante pour répondre aux exigences les plus banales de la vie quotidienne.
“Le TDA/H n’est pas une mode ou un caractère psychologique ; c’est une condition du cerveau qui se traduit par un déficit de neurotransmetteurs, la dopamine et la noradrénaline”
Je ne comprenais pas très bien ce qui poussait mes parents et professeurs à me reprocher mes insuffisances. L’expérience du trouble nous apprend combien on peine à se représenter soi-même le manque de motivation d’autrui, et à ne pas le confondre avec du laxisme ou de l’indifférence. La distinction, pourtant, est nécessaire dans le cas du TDA/H – et sans doute en général – dans la mesure où l’on peut très bien être de bonne volonté, et se retrouver, comme je l’étais, déchiré face à sa propre impuissance.