Santé

Créer ses propres médicaments : le développement de la médecine “DIY”

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Créer ses propres médicaments : le développement de la médecine “DIY”

© Ljupco/iStockphoto

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Donner les moyens aux malades de fabriquer leurs médicaments maison : c’est l’ambition du Four Thieves Vinegar Collective. Créé en 2015, le groupuscule anarchiste, qui entend démocratiser l’accès aux soins, s’inscrit dans une tendance de fond : l’affirmation de l’autonomie médicale. 


Défiance médicale : autodiagnostics et traitements alternatifs

La médecine institutionnelle connaît depuis quelques années une crise latente, à tous les niveaux du parcours de soin. En France comme aux États-Unis, beaucoup de malades rencontrent des difficultés pour obtenir un rendez-vous, en particulier chez un spécialiste. Certains s’estiment d’autre part mal diagnostiqués par une médecine jugée normative et discriminante qui, structurée à partir du corps de l’homme blanc, minore ou ignore les problèmes singuliers des corps noirs, trans, etc. Pour différentes raisons, de nombreux malades font le choix – assumé ou contraint – de l’autodioagnostic. La prolifération d’informations accessibles en un clic en ligne et la multiplication des espaces de discussion dédiés à la santé contribuent largement au phénomène. Le développement de dispositifs techniques de suivi de paramètres physiologiques aussi – on pense aux montres connectées qui mesurent le rythme cardiaque, aux applications d’analyse des cycles du sommeil, etc. Les individus ont entre leur mains des instruments pour déceler des symptômes, et les outils pour les interpréter.

Le constat est semblable du côté des médicaments, où l’on retrouve le même mélange de défiance et de difficulté d’accès. Aux États-Unis du moins, de nombreux traitements sont très onéreux – trop, souvent, pour les malades modestes. Les justifications ne peuvent être balayées d’un simple revers de la main : si les médicaments sont souvent des molécules relativement simples, la mise au point n’en demeure pas moins un processus long et coûteux, qui doit être amorti. Difficile cependant, aux yeux de beaucoup, de légitimer ainsi des marges gigantesques (parfois de 1 à 1000) entre les coûts de production et les prix de vente. La mainmise des grands laboratoires sur de nombreux brevets est régulièrement dénoncée. Même la commercialisation des génériques, autorisée lorsque le coût de développement est considéré comme amorti, ne suffit pas à résoudre le problème. Alors que dix groupes se partagent 50% du marché mondial des médicaments, les soupçons d’entente et de collusion, de corruption et de lobbying sont fréquents. En 2019, une dizaine de grands laboratoires américains étaient ainsi accusés de s’être entendus pour gonfler les prix d’une centaine de génériques courants. Bref, en l’absence de régulation importante, l’industrie pharmaceutique trouve dans la détresse des malades une manne économique juteuse : profitant d’une situation de dépendance, elle écoule à prix d’or des remèdes souvent peu coûteux à produire.

Ce n’est pas le seul problème d’accès aux traitements. Certains médicaments, pourtant efficaces et sans danger, sont prohibés par la loi (on pense aux traitements abortifs, dans de nombreux pays du monde). D’autres encore, en dépit des espoirs qu’ils suscitent, demeurent sous le coup de longues procédures de test et de validation. Beaucoup plus problématique, les pénuries se multiplient, tout particulièrement dans les pays dépendants de l’importation. Elles sont parfois interprétées par certains complotistes comme une savante stratégie orchestrée pour faire gonfler le prix des remèdes. Les médicaments « officiels » suscitent par ailleurs une méfiance de plus en plus marquée, sur fond de conspirationnisme. On l’a vu au moment de la crise du Covid-19 avec les vaccins. Les médicaments vendus sur le marché seraient dangereux ou inefficaces. C’est pourquoi toute une frange de la patientèle non seulement s’autodiagnostique, mais fait aussi le choix d’une automédication mobilisant des traitements « alternatifs » non homologués.

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