Santé
Témoignage (2/2) : “Je vis depuis un an sous Ritaline, le ‘médicament des TDA/H’”
© Cdd20/Pixabay
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Après avoir raconté, dans un premier article, comment il vivait son TDA/H (trouble de l’attention), notre stagiaire Virgile Ackah-Miezan témoigne, dans ce second volet, de sa vie sous Ritaline, un psychostimulant prescrit pour aider à mieux vivre ce trouble. Et se frotte aux questions éthiques et politiques que cette substance polémique provoque.
Un diagnostic comme celui du TDA/H, dont je vous parlais dans ce premier article, est une nouvelle étrange. On découvre ce qu’on est ; c’est comme piocher sa carte au jeu du « loup-garou ». Je savais, à présent, qu’une bonne partie de ce qui me tourmentait n’était pas le fait de la malchance ou d’erreurs correctibles, mais de la défectuosité de mon cerveau. S’ouvrait en même temps, avec la Ritaline (nom commercial du méthylphénidate), la possibilité d’une amélioration.
Méfiance bienvenue
C’est rare, je crois, dans une vie, qu’on pointe un dénominateur commun à nos problèmes et qu’on nous offre leur solution complète et instantanée. C’est rare, mais c’est ce que prétendent, pourtant, de nombreuses théories unifiantes qui entendent nous expliquer ce que nous sommes d’une manière simple – et partant, nous promettre une solution pas moins simple de salut. La psychiatrie mal comprise a, de ce point de vue, quelque chose à voir avec l’idéologie, le mysticisme ou la superstition. Qu’il s’agisse d’une science n’exclut pas qu’on puisse l’approcher d’une manière scientiste ; dans mon cas, céder à la tentation de ne plus me définir que par mon trouble, et placer, dans un médicament, tous mes espoirs de salut.
“Bien que le TDA/H soit associé à des anomalies neurobiologiques, il ne présente aucun biomarqueur fiable et universel. Cela ne veut pourtant pas dire qu’il ne s’agit pas d’une réalité scientifique”
Je comprends également la méfiance que beaucoup manifestent vis-à-vis de notre intérêt croissant, en France, pour la question du TDA/H (et ce même si nous demeurons l’un des pays occidentaux les moins préoccupés par la question). On l’accuse d’être une mode, un résidu New Age ou une opération commerciale de « Big Pharma ». De tels soupçons sont bienvenus, à condition de ne pas en rester à des abstractions confuses et générales. En tant qu’individu concerné au premier chef, j’ai essayé d’y réfléchir.
Le cap de la prescription
Se faire prescrire de la Ritaline est assez compliqué. Il faut passer un long examen – quatre heures dans mon cas – mené par un psychiatre. Le test est clinique et non physiologique : c’est un entretien sous forme de questionnaire qui vise à repérer, dans le quotidien du patient, la présence de symptômes qui le handicapent. On m’a interrogé sur mes souvenirs d’enfance, sur l’université, le travail, sur mon rapport aux drogues et aux addictions, sur mes relations sociales, mes capacités d’organisation et de planification, sur la fréquence de mes oublis, de mes retards, etc.
Bien que le trouble soit associé à des anomalies neurobiologiques, il ne présente aucun biomarqueur fiable et universel, c’est-à-dire de caractéristique corporelle mesurable qui en indiquerait sans ambiguïté la présence ou l’absence. Cela ne veut pourtant dire qu’il ne s’agit pas d’une réalité scientifique. L’absence de biomarqueur est un facteur commun à de nombreux troubles mentaux, pourtant avérés d’un point de vue clinique. Elle n’est pas le reflet de leur caractère chimérique ou peu rigoureux, mais de la complexité des liens entre cerveau et comportement en général.
Dans un second temps, j’ai passé un examen psychométrique semblable à un test de QI. Son but est d’évaluer objectivement certaines capacités cognitives. Il faut noter que ce test, de même que le test biologique, n’est ni suffisant ni nécessaire pour établir un diagnostic, dans la mesure où une personne TDA/H peut présenter des aptitudes tout à fait dans la norme. L’examen peut seulement donner des indices au psychiatre, en cas de résultats très éloignés de la moyenne pour lesquels le trouble constitue la meilleure explication. Reproduire une figure géométrique complexe m’a pris autant de temps qu’un adulte de 80 ans. J’en avais 22.
“Reproduire une figure géométrique complexe m’a pris autant de temps qu’un adulte de 80 ans. J’en avais 22”
Les résultats de ce test étaient toutefois contrastés. Je ne manifestais pas de déficit d’attention quand l’exercice m’amusait. C’est que le TDA/H porte assez mal son nom. En toute rigueur, ce n’est pas l’attention ou la motivation qui sont en cause, mais leur disponibilité. On utilise souvent l’image d’un « verrou dopaminergique » qui bloque la production de dopamine dans les situations de déplaisir et de stress. Chacun sait combien il est plus facile de se motiver ou de se concentrer quand on fait ce qu’on aime. Cette logique du verrou fonctionne pour tout le monde, mais celui des TDA/H est beaucoup plus sensible. Dans une situation désagréable, ils se retrouvent paralysés, à la différence d’un individu normal dont la production de dopamine sera faible mais suffisante.