Récit

“Touristes snipers” en Bosnie : quand la réalité confirme la fiction

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“Touristes snipers” en Bosnie : quand la réalité confirme la fiction

Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), le 12 juillet 1992. Devant un bâtiment criblé de balles, un homme court se mettre à l’abri pour éviter d’être touché dans “Sniper Alley” (“l’allée des snipers”). © Nigel Marple/AP Photo/Sipa

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Une enquête a récemment été ouverte en Italie sur des touristes ayant participé, lors des guerres en ex-Yougoslavie dans les années 1990, à des « safaris » où ils tuaient, comme des snipers, des passants. Pour le plaisir. Notre directeur de la rédaction Alexandre Lacroix connaît depuis longtemps cet épisode sinistre, car il pensait en faire le sujet de son deuxième roman. Voici son récit. 


 

Il y a des choses que l’on sait, parce qu’on les a entendu dire par des personnes fiables, mais qu’on ne peut pas écrire dans un texte journalistique, parce qu’il faudrait être capable de citer des sources, des noms, des dates, qu’il faudrait être en mesure de documenter les faits. Dans ces cas-là, l’une des voies possibles est celle de la fiction, du récit littéraire – ce qui est une manière provisoire de porter témoignage, en attente de confirmation.

“Safaris humains”

À l’été 1997, alors que je venais à peine de signer un contrat pour la parution de mon premier roman, j’ai fait un voyage en ex-Yougoslavie, qui m’a conduit en Bosnie, à Sarajevo. L’objectif de ce voyage était un peu étrange, si j’y songe. Mon premier roman étant autobiographique, j’avais envie de rompre avec le nombrilisme, de parler de politique, de géopolitique, du monde ; aussi, j’ai voyagé en ex-Yougoslavie… à la recherche d’une histoire que je pourrais raconter dans mon deuxième roman. Ce n’était vraiment pas facile, parce que je ne parle pas le serbo-croate, et dans l’ère post-traumatique qui s’est ouverte après la guerre, les Slovènes, les Croates, les Bosniaques n’éprouvaient aucune envie de se confier. Les infrastructures touristiques n’avaient pas réouvert, les étrangers étaient accueillis avec défiance, voire avec une hostilité larvée.

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