Arts. Bande dessinée

Traits japonais : le manga est-il un genre majeur ?

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Astroboy

Astroboy (cc) Flickr / Alexander Svensson

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Cet article est issu du numéro 50 de Philosophie magazine « 50 - juin 2011 », en kiosque le 25 mai 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour le pire – la catastrophe de Fukushima –, le Japon est revenu sous les feux de l’actualité. Et avec lui, les mentalités de ses habitants, parfois difficiles à appréhender en Occident. À moins de lire, avec Pierre Pigot et Roland Jaccard, ces mangas qui fascinent tant de lecteurs.

Par-delà le malheur et la désolation, le tsunami qui s’est abattu sur Fukushima aura provoqué un effet secondaire inattendu : notre étonnement d’Occidentaux face à des Japonais manifestement animés par un héroïsme discret, une persévérance optimiste, un réel sens de la solidarité. Bref, une capacité singulière à se relever de grandes catastrophes, là où, au contraire, l’accident nucléaire prenait en Europe des allures de fin du monde.

Il y a là un décalage que saisissent paradoxalement mieux les jeunes, et moins jeunes, adolescents : car eux lisent des mangas. Et ils trouvent dans les bandes dessinées made in Japan, des histoires qui, d’un trait simple mais pourtant puissant, s’ouvrent à la vie mouvante et complexe, au jeu des contrastes, au sens de l’autodérision ou de la méditation poétique, à l’imagination débridée ou à une attention parfois bouleversante aux détails du quotidien. Loin donc des standards manichéens encore trop souvent promus par la production hollywoodienne.

C’est qu’à l’évidence, l’industrie populaire du manga offre un excellent miroir de l’esprit japonais. Afin d’évoquer les richesses de cette sous-culture, nous avons réuni deux passionnés de bande dessinée.

Entre le jeune aficionado lettré et l’espiègle admirateur de Cioran, il n’y aura pas débat, mais plutôt un dialogue complice. Car Pierre Pigot et Roland Jaccard s’accordent sur l’essentiel. À l’heure de la supposée occidentalisation du monde, il est plus que temps de se pencher sur cette contre-tendance culturelle qui, venue d’Extrême-Orient, ravit en masse les jeunes générations. Alors conviendra-t-on peut-être que le succès du manga témoigne d’une inflexion des mœurs européennes : une orientalisation discrète des esprits, en somme.

 

L’apocalypse libératrice

Akira, de Katsuhiro Otomo

Pierre Pigot : Lors de la catastrophe de Fukushima, on a vu beaucoup d’images d’Akira circuler sur le Web. Ce manga créé par Katsuhiro Otomo en 1982 appartient à ce que certains appellent le genre « postatomique ». En mettant en scène une explosion nucléaire qui détruit Tokyo, Akira signe le ressurgissement du traumatisme nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki que les Trente Glorieuses japonaises avaient refoulé. Les héros sont des jeunes voyous pas forcément sympathiques qui se retrouvent aux prises avec un complot scientifique. La technologie est ici synonyme de dégénérescence : il est question de manipulations génétiques, psychiques et politiques. L’optimisme qui a caractérisé le Japon d’après-guerre laisse place à une esthétique « no future » punk. Ainsi, le personnage d’Akira est, comme Astroboy (lire p. 90), un enfant créé par un scientifique. Mais, à l’opposé de ce dernier, il est muet, immobile et destructeur.

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