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Trouver les mots justes pour éviter les poncifs, avec Gilles Deleuze

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Trouver les mots justes pour éviter les poncifs, avec Gilles Deleuze

Gilles Deleuze. © Hélène Bamberger/Opale.photo

Comment déclarer sa flamme ou consoler un proche ? Face à ces questions, nous vous proposons de découvrir tout au long de la semaine les conseils des philosophes, à retrouver également dans notre tout nouveau numéro. Aujourd'hui, Gilles Deleuze nous explique comment donner vie à nos idées…


Parfois, les mots sonnent creux. On a l’intuition d’une pensée, mais on ne parvient pas à la formuler dans le langage ordinaire, qui nous paraît soudain fade ou inadéquat. Pour échapper à cette frustration, Gilles Deleuze a trouvé une solution : inventer les mots qui nous manquent. Tel un artisan du langage, il estime dans son essai Qu’est-ce que la philosophie ? (1991) que « les concepts ne nous attendent pas tout faits, comme des corps célestes », mais qu’ils doivent au contraire « être inventés, fabriqués ou plutôt créés ». La « déterritorialisation », par exemple – sans doute le plus imprononçable de tous les termes qu’il a conçus –, désigne l’activité consistant à « quitter une habitude, une sédentarité […], à échapper à une aliénation », à l’instar des populations nomades qui cheminent de pays en pays. Ce goût pour la pérégrination, pour l’échappée hors des sentiers battus, est représentatif de toute la philosophie deleuzienne. Loin des hiérarchies et des habitudes, le philosophe invente des mots pour créer un monde dynamique et en perpétuel mouvement. Le « rhizome » – un autre de ses fameux concepts empruntés à la botanique, cette fois imaginé avec son complice Félix Guattari – désigne les réseaux de tiges fécondes qui poussent dans toutes les directions, ouvrant ainsi « de nouvelles possibilités de vie ». Cette manière d’écrire et de faire de la philosophie se veut à l’image de sa conception de la vie : fourmillante et hostile à tout système. Puisqu’il refuse la pensée linéaire, Deleuze construit également ses livres autrement. Aussi l’essai Mille Plateaux (1980) peut-il être lu en son début comme en son milieu – nul besoin de commencer par l’introduction. Celui qui affirme aimer les textes avec des « rétentions, des résonances, des précipitations » confie aussi, de manière assez énigmatique, désirer qu’il y ait « plein de larves dans un livre ». Son style grouillant, volontiers poétique, parfois un peu ardu, est animé par un souffle créateur. Il nous encourage à considérer le langage non pas comme un fossile mais comme une entité vivante, susceptible de révolutionner notre conception du monde et de la vie. Bref, avec Deleuze, n’imitez plus, ne répétez pas… mais osez inventer ! 

Retrouvez les mots justes des classiques