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Trouver les mots justes pour mobiliser les foules avec Simone de Beauvoir
Simone De Beauvoir. © Jack Nisberg/Roger-Viollet
Comment déclarer sa flamme ou déclarer sa flamme ? Face à ces questions, nous vous proposons de découvrir tout au long de la semaine les conseils des philosophes, à retrouver également dans notre tout nouveau numéro. Aujourd’hui, Simone de Beauvoir nous explique comment faire adhérer autrui à nos propos…
Quand on veut défendre une cause, comment embarquer la foule et produire une adhésion massive chez les autres ? Peut-être d’abord en parlant directement aux personnes, en évoquant sans détour la situation concrète dans laquelle elles sont plongées. C’est ce qu’a fait Simone de Beauvoir en écrivant Le Deuxième Sexe (1949), mobilisant des exemples concrets pour parler du vécu des femmes : de l’angoisse de la nuit de noces aux pénibles repas dominicaux, en passant par l’infinie répétition des corvées ménagères. Des centaines de lectrices racontent comment la philosophe a changé leur vie, en mettant des mots sur leur quotidien et sur la situation de domination conjugale et patriarcale dans laquelle elles se trouvaient. Les lecteurs – à commencer par son ami Albert Camus qui l’accuse d’avoir « ridiculisé le mâle français » – expriment quant à eux leur vexation.
Des exemples concrets pour parler du vécu des femmes
Qu’on le loue ou qu’on le dénigre, le texte composé de deux tomes (Les Faits et les Mythes et L’Expérience vécue) fait date. Beauvoir assume avoir volontairement juxtaposé « un vocabulaire vraiment scientifique, technique et cru » (en matière de sexualité, elle ne tourne pas autour du pot et parle de « vulve » et de « pénis ») et un « vocabulaire philosophique ». « La philosophie est faite justement pour parler des choses les plus communes », justifie-t-elle. Cette liberté de ton, qui n’entame en rien son exigence théorique, possède un immense pouvoir mobilisateur et politique. Vingt ans après sa parution, au début des années 1970, Le Deuxième Sexe gagne encore en popularité et devient un emblème des mouvements féministes naissants. La première phrase de l’ouvrage « on ne naît pas femme, on le devient », qui dit à quel point la vie des femmes est déterminée par leur existence sociale, est brandie sur les panneaux lors des manifestations en faveur de leurs droits. La formule, simple et efficace, sonne comme un appel à s’affranchir des assignations à un « destin biologique ». Avec son style incarné et efficace, Beauvoir n’a pas seulement produit un traité de philosophie, elle a inventé un slogan fédérateur qui imprègne encore aujourd’hui les esprits et les luttes. Son œuvre nous invite à oser mélanger les registres de langue, à éviter les circonvolutions inutiles… sans omettre les exemples concrets !