Le sens du détail
Trump et son “chien robot”
Do not pet - « ne pas caresser ». © Carlos Barria/Reuters
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Cet article est issu du numéro 185 de Philosophie magazine « Que puis-je savoir de l’autre ? », en kiosque le 05 décembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Do not pet – « ne pas caresser ». La précision paraît, de prime abord, plus comique que vraiment utile : impossible de prendre pour un animal de compagnie le drôle de « chien robot » qui arpente depuis peu les jardins de la propriété floridienne de Donald Trump, à Mar-a-Lago. Spot (c’est son petit nom) est indéniablement une machine – « équipée de technologies de surveillance et d’un ensemble de capteurs avancés », comme le précise l’entreprise Boston Dynamics. Pourquoi alors cet avertissement, inscrit sur les quatre pattes de la créature ? Y aurait-il un risque de confusion ? Dans Machines insurrectionnelles (2021), le philosophe Dominique Lestel observait un flottement croissant entre machine et animal engendré par le développement de la « robotique autonome ». Les nouveaux robots, nourris à l’intelligence artificielle, ne sont plus relégués dans un placard, tirés de l’oubli seulement quand on en a besoin. Ils possèdent « une forme d’initiative », « une perception du monde » et des « capacités d’agir sur ce monde ». Occupés à leurs affaires, ils « résistent aux usages que les humains en font » et « génèrent des frictions avec lesquelles il faut négocier ». Cette immixtion produit des affects comparables à ceux que nous éprouvons pour les animaux imprévisibles qui font irruption dans nos vies quotidiennes – agacement ou attachement. La vie, pour Lestel, n’est pas une affaire de biologie : est vivant tout ce qui affecte les trajectoires d’autres vivants. Les « chiens robots » ont en ce sens une forme de vitalité imprévisible, qui justifie assurément quelques précautions.