Un homme d’influence
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Cet article est issu du numéro 74 de Philosophie magazine « 74 - novembre 2013 », en kiosque le 24 octobre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Si sa vie ascétique est marquée par le mystère, la pensée de Plotin a marqué son temps et la postérité.
Si la date précise de sa naissance est inconnue, Plotin a vraisemblablement vu le jour en 205 à Lycopolis, en Égypte (aujourd’hui Assiout). Probablement issu d’une famille aisée et cultivée – il est élevé par une nourrice puis confié à un maître d’école particulier –, Plotin se convertit à la philosophie vers 27 ans : il suit pendant onze ans l’enseignement du philosophe Ammonius, dont on ignore tout ou presque (il n’a rien écrit, et ses disciples se devaient de garder secrètes ses doctrines, Plotin ne faisant pas exception à la règle). En 243, il accompagne la cour de l’empereur Gordien III, qui se lance dans une expédition militaire en territoire perse ; Plotin ne prend pas les armes, il aspire seulement à se familiariser avec les pensées orientales… La campagne tourne court et le philosophe rejoint Rome, où il ouvre sa propre école philosophique. Ses cours sont ouverts à tous et attirent notamment quelques sénateurs. Résidant dans la propriété de Gemina, épouse de l’empereur Trébonien Galle (qui règne de 251 à 253), Plotin adopte un mode de vie ascétique, tourné tout entier vers les efforts de l’intellect. Pendant dix ans, l’enseignement est son activité exclusive. Ce n’est qu’en 254 qu’il commence à rédiger ses premiers traités. Il en a déjà signé vingt et un lorsqu’en 263, son futur biographe et éditeur Porphyre (né en 234 en Phénicie, actuel Liban, et mort en 305 à Rome) rejoint son école. Amis, les deux hommes se querellent néanmoins pour des motifs obscurs ; Porphyre menace alors de se suicider, mais Plotin le convainc d’opter pour une autre solution : une retraite en Sicile… En 269, gravement malade, le philosophe se retire à son tour ; il quitte Rome pour la région de la Campanie. Il écrit et envoie ses derniers traités à Porphyre avant de mourir en 270, assisté de son médecin personnel. Plotin est la figure tutélaire du « néoplatonisme », un terme qui n’a été inventé et diffusé que beaucoup plus tard, au carrefour des XVIIIe et XIXe siècles. Il a notamment exercé une grande influence sur saint Augustin et la pensée chrétienne.