Témoignage

Un petit coup de gel ?

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Ehpad Saint-Orens Montauban © Patricia Huchot-Boissier/Hans Lucas via AFP

Lors de la visite hebdomadaire du lundi, le mari d’une résidente de l’Ehpad Saint-Orens à Montauban tend un paquet destiné à son épouse à un membre du personnel soignant. © Patricia Huchot-Boissier/Hans Lucas via AFP

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Tout en préparant un doctorat en philosophie, Laurence Terzan est médecin urgentiste dans un centre hospitalier situé en Ardèche. En première ligne dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, elle nous a transmis son témoignage, indigné et bouleversant, que nous avons choisi de partager avec vous.

16 heures : Mon confrère Assan vient me relayer moi et ma fatigue incrustée, le temps que j’avale un bout. Je sors de sous la tente blanche, de sous la surblouse, la charlotte, les lunettes, les surchaussures, les gants, le masque, pour me retrouver en peau de médecin urgentiste “normale”. Un petit coup de gel (hydro-alcoolique) ? 

Depuis maintenant plus de deux semaines, la tente du “plan Blanc” (le plan Blanc d’un établissement de santé est un dispositif permettant de répondre à un afflux de patients ou de victimes en situation d’urgence ou de crise), les journées sans nuit, les nuits pulsées au rythme des respirateurs, les attentes face au “verre dépoli” du scanner, avec le pourcentage verdict, comme un couperet : 80 % de poumon atteint. Le patient ne passera pas la nuit. Un petit coup de gel ? 

“Et où on le met ?” “Il a quel âge ?” Le téléphone en permanence, je m’habille, me déshabille. Un petit coup de gel ? Je mange quand c’est possible. Je téléphone pour rassurer, je WhatsAppe, je FaceTime… J’allume le silence, la radio aussi : Coronavirus. Branle-bas de combat et cris d’orfraie : le virus mute. 

Je profite d’un petit soleil timide pour me poser avec Don Giovanni de Mozart, mis en ligne sur le site de l’Opéra de Paris. Belle initiative. Les accords du Commandeur retentissent rapidement. Le Commandeur tombe, blessé à mort, et, d’un coup, c’est nous tous qui tombons. La sentence vengeresse du Commandeur s’adresse à nous qui jouons au prédateur don juanesque avec la nature, avec les démunis, avec les désignés “boucs émissaires”. Depuis quand ? Que s’est-il passé ? Plus rien ne colle. Que sommes-nous devenus ?

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