Moyen-Orient / Conflit
Un piège fatal pour Israël ?
Le 10 octobre 2023, soldats israléiens près du kibbotuz Kfar Aza, à quelques kilomètres de Gaza. ©Alexi J. Rosenfeld/Getty Images via AFP
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Cet article est issu du numéro 174 de Philosophie magazine « La vie a-t-elle un sens ? », en kiosque le 26 octobre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Et si le Hamas avait cherché, avec son attaque monstrueuse contre la population israélienne, à précipiter l’État hébreu dans un piège d’autant plus funeste qu’il était impossible à éviter ? Une hypothèse éclairante inspirée par la pensée du philosophe Claude Lefort.
Par son ampleur et par son mode opératoire, l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre contre Israël a été comparée à celle du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center à New York ou à celle de novembre 2015 contre le Bataclan à Paris. Or la comparaison mérite d’être élargie à ses objectifs.
Au lendemain de l’attaque du 11-Septembre, le philosophe Claude Lefort, auteur des Essais sur le politique, invitait à interroger l’objectif politique de Ben Laden et de son organisation – au-delà de la volonté de détruire des vies et d’attaquer les libertés démocratiques au nom de la pureté fanatique : « Une organisation comme Al-Qaïda n’a pas pu ne pas prévoir qu’il y aurait une violente réaction de la part des États-Unis. Il y a certainement des militants qui sont prêts à se suicider en grand nombre. Mais une organisation qui se suicide, cela n’existe pas. Ils s’attendaient à ce qui s’est passé [la riposte américaine en Afghanistan]. Ils ont commis les attentats en espérant attirer les États-Unis dans un piège, en les forçant à s’impliquer militairement dans la région. Et en espérant entraîner la majorité de la population musulmane. » Et pour qu’il n’y ait pas de confusion avec ceux, à l’extrême gauche, qui considéraient déjà à l’époque qu’on ne répond pas à la violence par la violence, Lefort précisait : « On leur a tendu un piège, mais c’est un piège dans lequel il était impossible de ne pas tomber. Il est évident qu’il n’y a pas d’autre réponse que la violence militaire. Même si toute la question est de savoir si c’est suffisant, comment la conduire et jusqu’où » (entretien à El País, le 9 décembre 2001).