Le décryptage

Un problème de poids

Temps de lecture : 2 min

Cet article est issu du numéro 152 de Philosophie magazine « Sommes-nous si fragiles ? », en kiosque le 26 août 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’obésité touche…
8,5 millions de Français
17 % de la population en moyenne
22,1 % des habitants des Hauts-de-France
14,2 % des habitants d’Île-de-France
19,2 % des plus de 65 ans
16,7 % des 35-44 ans
9,2 % des 18-24 ans
14,4 % des professions intermédiaires
9,9 % des cadres
18 % des ouvriers

 

« Épidémie » : c’est ainsi que l’Organisation mondiale de la santé qualifie la vague mondiale d’obésité. La France n’y échappe pas, comme le confirme une enquête de la Ligue contre l’obésité : 47 % des Français sont aujourd’hui en situation de surpoids (indice de masse corporelle, ou IMC, supérieur à 25). Ils étaient 43,7 % en 2006, et 38,3 % en 1997. 17 % sont obèses (IMC supérieur à 30) contre 15 % en 2012. Bref, nos concitoyens grossissent. Mais pas tous de la même manière. La prévalence de l’obésité suit en particulier la courbe des âges. Question de métabolisme biologique : si le corps jeune, en développement, con­somme davantage d’énergie, les auteurs de l’étude remarquent cependant que « c’est auprès des Français les plus jeunes que […] l’obésité a le plus progressé depuis 2012 ». Au contraire, cette proportion décroît légèrement chez les plus de 65 ans. Le problème est donc aussi culturel, lié aux habitudes de consommation, et économique : ouvriers et employés sont beaucoup plus touchés par l’obésité que les cadres.

Plutôt que d’épidémie, il faudrait donc peut-être parler de « syndémie », comme le proposait l’anthropologue américain de la médecine Merrill Singer dès 1990. C’est que l’obésité n’a pas une seule et unique cause identifiable. On ne « tombe » pas obèse comme on tombe malade. Il s’agit d’un problème multifactoriel qui révèle des dysfonctionnements profonds et entremêlés de nos modes de vie – notamment de notre logique agroalimentaire mais également des injustices sociales et des inégalités d’accès au soin. Dans un article de la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet, le biostatisticien Boyd Swinburn souligne ainsi que cette « malnutrition sous toutes ses formes est […] la cause principale de notre mauvaise santé globale ». Et, ce qui n’arrange rien, elle contribue largement à la crise environnementale, car « le système alimentaire […] génère aussi 25 % à 30 % des émissions de gaz à effet de serre ». Inégalité, obésité et réchauffement climatiques sont à la racine d’une « syndémie globale » : un état de mauvaise santé chronique dont le Covid-19 a été, en un certain sens, le symptôme. 

Sources : « Enquête épidémiologique nationale sur le surpoids et l’obésité pour la Ligue contre l’obésité », enquête annuelle Ligue contre l’obésité-Odoxa, parue le 30/06/2021.