Cinéma

“Un p’tit truc en plus”, moins inclusif qu’il n’y paraît ?

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“Un p’tit truc en plus”, moins inclusif qu’il n’y paraît ?

“Un p'tit truc en plus”. © 2024 David Koskas

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Le film d'Artus Un p’tit truc en plus, sorti il y a un mois, est le carton de l’année. Cette comédie vise notamment à faire changer notre regard sur les personnes handicapées. Elle n’y parvient qu’à moitié, selon Bertrand Quentin, auteur de La Philosophie face au handicap (Érès, 2013). Il est allé voir le film pour nous et livre ici son analyse.


 

La question du handicap serait-elle en train de devenir la martingale du box-office français ? Treize ans après le succès phénoménal d’Intouchables, d’Olivier Nakache et Éric Toledano (2011), la comédie Un p’tit truc en plus, signée par l’humoriste et acteur Artus, est déjà le plus gros succès en salle de 2024. Elle file même vers de nouveaux records, avec plus de 6 millions de spectateurs en six semaines. Artus et Clovis Cornillac y incarnent deux petits malfrats père et fils qui se cachent au milieu d’une colonie de vacances pour jeunes porteurs d’un handicap mental, afin d’échapper à la police. Le premier se fait passer pour un pensionnaire et le second pour son éducateur spécialisé. Une dizaine de comédiens amateurs en situation de handicap y donnent la réplique au casting de professionnels, complété entre autres par Alice Belaïdi, l’éducatrice en chef.

“Empathie égocentrée” du public

Les bonnes intentions du film sont là… mais la pensée, pas toujours. Évaluons philosophiquement ce qui est en jeu. Face aux personnes en situation de handicap, le grand public est souvent caractérisé par « l’empathie égocentrée », comme je le soulignais dans mon livre Les invalidés. Nouvelles réflexions philosophiques sur le handicap (Érès, 2019) : les valides se mettent à la place des personnes handicapées mais en partant de leur position de valides – ce qui les amène à envisager le handicap essentiellement sous l’angle du malheur. Ici, l’écueil semble évité puisque le film va nous montrer le handicap sous l’angle de la joie. Mais c’est à un stéréotype inverse qu’Artus a cédé : les handicapés sont nécessairement tous joyeux et gentils. Entre handicapés, il n’y a pas la moindre trace d’inimitié. Ils forment évidemment un ensemble indifférencié très rieur, une belle équipe bariolée où tout le monde s’entend bien.

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