Nouvelle année
“Une bonne année, c’est quand ça s’équilibre” : Gilles Deleuze vous adresse ses meilleurs vœux !
“Ne soyez pas un ni multiple, soyez des multiplicités !” (Gilles Deleuze, “Rhizome”, Minuit, 1976). Extrait de “Deleuze”, hors-série n°63 de “Philosophie magazine”. © Sanja Marusic (détail)
Ça y est, nous entrons en 2025 ! Que nous réservent les derniers 365 jours de ce quart de siècle ? Impossible à dire. Les années se suivent selon l’enchaînement bien réglé des calendriers ; mais elles ne se ressemblent pas. « Différence et répétition », comme le dit le titre d’un des grands ouvrages de Gilles Deleuze : ce qui se répète, ce n’est jamais l’identique mais la différence qui crée de l’inédit, une nouveauté qui emporte le réel dans un devenir imprévisible. Gageons que l’année à venir réservera son lot d’imprévus et de surprises.
C’est sous le signe du philosophe, auquel nous avons consacré notre dernier hors-série, que sera placé 2025 : nous fêtons en effet un double anniversaire, le centenaire de sa naissance et le trentenaire de sa disparition. Commençons donc l’année avec lui, par les traditionnels vœux. « Bonne année, bonne santé ! »
Qu’est-ce qu’une bonne année ? Deleuze esquisse une réponse lors d’un cours à l’université de Vincennes : « Une bonne année, c’est quand ça s’équilibre, c’est quand, si ça vous amuse, ça m’amuse, et si ça m’amuse, ça vous amuse », dit-il à ses étudiants. Une joyeuse harmonie avec le monde qui nous entoure, en somme.
Quant à la « bonne santé », Deleuze a aussi quelque chose à en dire. Dans un autre cours, il lance : « Ce n’est pas la bonne santé qui fait dire “vive la vie”. » S’efforcer à tout prix de garder la forme physique pour profiter, ensuite, de la vie, c’est aborder les choses à l’envers. À trop vouloir rester en bonne santé, on risque la coupure allergique avec l’extérieur. Vivre, pour Deleuze, c’est se mettre en mouvement, expérimenter, rencontrer des êtres, des choses, des situations qui, s’ils peuvent parfois nous faire du mal, sont susceptibles d’augmenter notre puissance et de nous emplir de joie. Ce qu’il faut souhaiter à chacun, c’est de « comprendre en quoi les choses et les autres corps disconviennent avec le vôtre » – comprendre de quelle manière le monde nous affecte pour en tirer le meilleur.
« C’est une sagesse » en quoi consiste, pour l’essentiel, le « savoir vieillir » : demeure toujours, même là où nous sentons les effets amoindrissants du temps, une myriade d’occasions de nous accroître. Encore faut-il les chercher et, surtout, les saisir : sortir de soi, se laisser affecter par ce qui nous arrive, accepter d’être transformé par l’extérieur et entraîné dans une autre direction. Embrasser la différence qui, sans cesse, nous ouvre à des bifurcations, des changements parfois inquiétants mais toujours enthousiasmants. « Seule l’affirmation revient, c’est-à-dire le Différent, le Dissimilaire. […] Seule la joie retourne. »