Hors-série « Proust »

Une brève histoire du snobisme

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Le monde des snobs est fait d’angoisses permanentes et de contentements fugaces. Visite guidée, avec les inventeurs du genre, Thackeray et Proust.

 

« C’est noble » ou non... 

Si le mot n’existait pas, il faudrait l’inventer tant, comme l’a dit le critique littéraire Émile Faguet en 1907, il comporte d’« impertinence monosyllabique ». Son origine est obscure  il semble que la fameuse mention sine nobilitate (« sans origine noble ») contractée en « s.nob » qui aurait été apposée auprès des noms roturiers sur les listes d’étudiants d’Oxford ne soit pas attestée. Quant aux autres origines évoquées, ni le snub scandinave (« imposteur », « charlatan »), ni le « nob » antonyme du nob, le « ichard », et par conséquent susceptible  de chercher à le devenir ou à l’imiter, ni enfin  le « C’est noble », prononcé en français par un paysan, ne sont mieux certifiés.

 

Thackeray, le premier

En 1848, le (futur) auteur de La Foire aux vanités publie un recueil de chroniques provenant du journal satirique Punch  Le Livre des snobs, sous-titré « par l’un d’entre eux ». Succès immédiat et premières accusations de frivolité envers un homme qui se charge lui-même du péché de snobisme, mais n’est évidemment pas plus dupe de lui-même que des autres. Son livre ne comportera pas le volet politique de ses chroniques, au motif « qu’en les relisant je les ai trouvées si stupides, si personnelles et, en un mot, si snobs, que je les ai retirées ». William Thackeray place le snob dans une catégorie morale qui transcende les classes sociales. Les spécimens qu’il épingle de sa plume acérée sont tout droit issus de cette société victorienne naissante dans laquelle la redistribution des cartes sociales pousse l’aristocratie à se raidir sur des privilèges qui suscitent le ressentiment des classes inférieures. Pauvres et riches, lords décavés ou commerçants industrieux, il les rassemble dans une formule assassine  « Celui qui admire petitement de petites choses est un snob. »

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