Entretien

Marc Goëtzmann. Faut-il faire des vaccins Covid un bien commun ?

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Marc Goëtzmann. Faut-il faire des vaccins Covid un bien commun ?

À Marbourg (Allemagne), le 29 mars 2021, des employés de la société BioNTech procèdent à des tests sur le vaccin contre le Covid-19. © Anadolu Agency via AFP

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Que sont les biens communs ? Ce concept, étudié par les philosophes comme par les économistes, apparaît aujourd’hui crucial pour comprendre la revendication de certaines personnalités de lever les brevets des vaccins contre le Covid. Faut-il considérer ces brevets comme des biens communs ? Marc Goëtzmann, coauteur du livre Le Commun (Lambert-Lucas), nous rappelle l’origine philosophique de cette idée et explique pourquoi faire tomber les brevets dans le domaine public s’avère si difficile. 

 

Comment définir ce que sont les « biens communs » ? 

Marc Goëtzmann : La définition que nous avons aujourd’hui des « biens communs » prend racine dans la philosophie chrétienne. Mais c’est John Locke, philosophe contractualiste, qui développe vraiment la notion. Il parle en effet de « possession commune » de la nature pour dire que l’homme, s'il travaille à exploiter les ressources auxquelles il a accès, peut s’en approprier les fruits. Toutefois, il y a des limites à cette « appropriation » pour Locke : l’homme peut s’attribuer un lopin de terre et y récolter le fruit de son travail uniquement dans la mesure où cela ne lèse personne. C’est ce que l’on appelle le proviso lockéen : toute appropriation est soumise à condition. Il y a une forme de communauté de base de bien. Cela fonde l’idée de propriété sur le droit naturel.

 

Depuis Locke, les « biens communs » ont été conceptualisés en dehors du champ philosophique, avec notamment la controverse entre l’écologiste Garrett Hardin et l’économiste Elinor Ostrom. Quelle est cette nouvelle définition ?

Garrett Hardin est devenu célèbre pour avoir théorisé [dans un article de la revue Science paru en 1968] ce qu’il nomme la « tragédie des communs », c’est-à-dire un phénomène inévitable qui condamne les ressources à s’épuiser. Les hommes, exploitant anarchiquement des biens en quantité limitée, finissent par les détruire. L’exemple classique est celui d’éleveurs qui feraient paître leurs bêtes dans un champ commun : au fur et à mesure, chacun est tenté d’amener de plus en plus d’animaux (notamment pour empêcher les autres d’accaparer cette ressource commune) ; finalement, le champ commun devient un tas de boue inutilisable. Pour justifier cette thèse, Hardin s’appuie sur le dilemme du prisonnier, soit la théorie selon laquelle il est plus profitable pour un individu d’avoir un comportement individualiste que coopératif dans le cas où il y a un gain à la clé. Elinor Ostrom, elle, contredit cette conclusion quelque peu fataliste. Elle explique que, dans la réalité, les ressources naturelles limitées peuvent être correctement gérées par des petites collectivités quand ses membres communiquent entre eux. C’est un phénomène qui est fréquemment observable. Par exemple, si vous avez des pêcheurs qui amènent leurs bateaux au même endroit, ils trouveront une forme d’équilibre pour ne pas vider complètement de ses poissons le territoire en question.

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