Une démarche généalogique
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Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Voici l’homme » : c’est en citant ironiquement l’Évangile que Nietzsche entame son autobiographie intellectuelle. Les premières notes de travail datent très symboliquement du jour anniversaire de ses 45 ans : « Aussi, je conte ici ma vie. Qui a la moindre idée de ce que je suis devinera que j’ai vécu plus d’expériences qu’aucun homme. Le témoignage en est même inscrit dans mes livres : qui, ligne pour ligne, sont des livres vécus, à partir d’une volonté de vivre, et par là, en tant que création, représentent un vrai supplément, un surplus de cette vie. » Il ne s’agit pas tant de se raconter soi – Nietzsche ne croit pas en l’existence d’un « je », du moi comme substance, qui n’est pour lui qu’une construction grammaticale –, mais plutôt d’appliquer la démarche généalogique à lui-même, soit de retracer les effets de la pulsion de vie. D’emblée se lit l’inquiétude d’être mal compris, en même temps que s’affirme une volonté provocatrice et tonitruante : « Écoutez-moi ! car je suis tel et tel. Surtout, pas de quiproquo à mon sujet ! » Le christianisme et sa morale feront essentiellement les frais des foudres d’un auteur qui dit préférer « être un satyre plutôt qu’un saint ». On retrouve également d’autres thèmes nietzschéens : la grande santé, la recherche de la vérité, la conquête des hauteurs et des cimes, la pensée liée au mouvement, à la marche notamment, l’inutilité du remords et du ressentiment, la dérision de la culture allemande qui ne va pas sans une certaine autodérision, le sens du tragique… Cet « homme » que voici se présente sous une identité qui n’en est pas vraiment une, puisqu’en perpétuel devenir. L’enjeu n’est donc pas l’exemplarité d’un parcours singulier, mais l’élan, le souffle, la trace en somme qu’imprime cette vie.