Une morale fondée en raison
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Cet article est issu du numéro 94 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 22 octobre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’égoïsme prôné par Ayn Rand ne serait, selon l’essayiste Alain Laurent, ni fermé aux autres ni prédateur. Il possèderait le souci universel de la prise en compte de l’égoïsme bien compris des autres, base morale d’une coopération volontaire « entre individus indépendants et égaux ». Des théories que Rand développe dans son roman La Grève. Mais son message a-t-il bien été entendu ?
Dans des États-Unis de fiction peu à peu plongés dans le chaos par la disparition mystérieuse des plus éminents créateurs et entrepreneurs, l’identité de l’instigateur occulte de cette « grève » pas comme les autres n’est, comme dans tout bon thriller, dévoilée qu’à la fin ; quand, répondant à la question qui scande tout le récit, « Qui est John Galt ? », ce dernier expose ses motifs en se nommant au début d’une émission pirate: « C’est John Galt qui vous parle. » Ce qui transforme soudain l’épais polar en improbable soutenance de thèse.
À est A
D’emblée, l’essentiel de la philosophie qui l’irrigue est posé sur le mode de l’assertion catégorique. Priorité lexicale absolue est donnée à la vie, à l’esprit, à la raison et au bonheur, portés par des « axiomes » d’apparence tautologique mais en fait d’une redoutable fécondité : « L’existence existe » (justification de la grève !) et « A est A ». Comprendre : pour Galt, tout se fonde sur une réalité composée d’« entités » existant indépendamment de l’esprit humain qui peut et doit la connaître grâce à la raison ; exister, c’est être une entité qui, par nature, ne peut être que ce qu’elle est. S’ensuit que le pire péché contre l’esprit est le refus du « non-contradictoire », de la logique de la causalité (« l’identité en action »). Et que tout cela s’applique en premier lieu à l’homme, auquel il revient d’agir en conséquence via un « code moral ».