Série : la mer dans tous ses états

“Une vague qui pense, c’est l’âme humaine” : petite philosophie des vagues

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“Une vague qui pense, c’est l’âme humaine” : petite philosophie des vagues

© Jeremy Bishop/Unsplash

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Si les vagues ont souvent fasciné les poètes, elles ont aussi suscité l’intérêt des philosophes. Dans la contemplation de la mer houleuse, certains ont vu une invitation à une pensée radicalement autre, réconciliée avec le devenir. Voici le cinquième et avant-dernier épisode de notre série estivale sur la mer.

 

« Tu dois vivre dans le présent, te lancer au-devant de chaque vague, trouver ton éternité à chaque instant »

Henry David Thoreau, Journal (1906)

Un élément qui nous dépasse

La vague est une puissance élémentaire aveugle. Le philosophe Alain le remarque dans ses Entretiens au bord de la mer (1931) : « La vague ne veut rien, elle est poussée et balancée par les autres vagues, par le vent et par les astres du ciel. » La vague est la manifestation superficielle de force implacable de l’océan, jeté à l’assaut des côtes. Comme l’écrit Victor Hugo dans Les Travailleurs de la mer (1886), « la mer […] est compliquée ; sous ses vagues d’eau, qu’on voit, elle a ses vagues de forces, qu’on ne voit pas. Elle se compose de tout. De tous les pêle-mêle, l’océan est le plus indivisible et le plus profond. » Ce flot ininterrompu, où chaque vague se détache individuellement d’un bloc immense et « toujours recommencé », selon les mots de Paul Valéry dans son Cimetière marin (1920), peut intimider le spectateur, lui faire perdre pied. L’écrivain Romain Rolland y puisera son idée de « sentiment océanique » – vision archaïque et quasi religieuse de submersion existentielle par une vague immense.

Puissance et violence des vagues

Entre fascination et méfiance, l’être humain entretient un rapport ambigu aux vagues. Car la vague est foncièrement dangereuse. Rien ne l’arrête. Elle emporte tout sur son chemin. Virginia Woolf revient plusieurs fois sur cette inquiétante violence dans Les Vagues (1931) : « L’énorme bête enchaînée trépigne sur la rive. Elle frappe sans cesse du pied sur la rive » ; « Les vagues lavaient les rochers, et l’embrun, bondissant très haut, mouillait les parois de cavernes restées à sec jusque là. [Elles] déferlaient d’un seul bloc avec un bruit sourd, comme un mur, un mur de pierre opaque que nulle lueur ne pouvait traverser. » Dans Métaphysique d’un bord de mer (Le Cerf, 2016), Pierre Cassou-Noguès ajoute : « La mer seule s’énerve et lance des vagues, courtes et rageuses, pour arracher le sable à la plage. »

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