La notion

“Urbicide”

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“Urbicide”

À Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 22 avril 2024. © AFP

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Cet article est issu du numéro 180 de Philosophie magazine « Comment savoir quand on a raison ? », en kiosque le 30 mai 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’urbicide désigne, littéralement, le « meurtre des villes ». Il est défini plus précisément par la géographe Bénédicte Tratnjek comme un ensemble de « violences qui visent la destruction d’une ville non en tant qu’objectif stratégique, mais en tant qu’objectif identitaire » : la destruction urbaine est alors un objectif à part entière et pas simplement un « dommage collatéral » des actions militaires. Si la notion d’urbicide attire aujourd’hui l’attention, notamment pour décrire la situation à Gaza, elle n’est pas nouvelle. Forgée dans les années 1960, elle sert d’abord à qualifier la défiguration délibérée des villes par l’urbanisme moderne mais se teinte rapidement d’une coloration militaire. Elle est notamment employée en 1993 par l’architecte et ancien maire de Belgrade Bogdan Bogdanović pour qualifier les destructions engendrées par les guerres de Yougoslavie, lors desquelles les logiques de nettoyage ethnique battent leur plein. L’urbicide se retrouve donc bientôt étroitement associée à la notion de génocide. Le terme désigne en tout cas pour le professeur de politique internationale Martin Coward, dans son essai Urbicide. The Politics of Urban Destruction (2008, inédit en français), une forme de guerre très particulière, qui vise à l’anéantissement du « substrat matériel sur lequel l’identité peut s’enraciner. En détruisant la ville, on perd ce substrat. L’identité ne peut plus s’enraciner » et finit par disparaître. Est-ce ce qui se passe à Gaza ? Difficile de trancher. Mêlant ses combattants aux populations civiles, le Hamas a « contraint » Israël à des destructions urbaines de grande ampleur. Mais avec 80 % du territoire rendus inhabitables selon l’ONU, difficile d’exclure une entreprise délibérée d’urbicide.