Clivages

Utopique/pragmatique

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Cet article est issu du numéro 48 de Philosophie magazine « 48 - avril 2011 », en kiosque le 30 mars 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment passer de la théorie à l’action ? C’est tout le problème que pose la politique à la philosophie, obligeant cette dernière à se confronter au réel.

Nous sommes en 1932 : le jeune Raymond Aron, normalien agrégé, rentre à Paris après deux années d’études passées à Berlin. À son retour, et sur la recommandation d’un camarade, il est convié à une audience par le sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères pour évoquer avec lui l’inquiétante montée du nazisme. Voici comment se déroula l’entretien : « Le ministre m’invita à parler et je lui tins un laïus, brillant je suppose, dans le pur style normalien. Il m’écouta avec attention, apparemment avec intérêt. Lorsque mon discours fut terminé, il me répondit, tour à tour ridicule et pertinent : “La méditation est essentielle. Dès que je trouve quelques instants de loisir, je médite. Aussi je vous suis obligé de m’avoir donné tant d’objets de méditation. Le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères [Édouard Herriot, à l’époque] dispose d’une autorité exceptionnelle, c’est un homme hors du commun. Moment propice à toutes les initiatives. Mais vous qui m’avez si bien parlé de l’Allemagne et des périls qui se lèvent à l’horizon, que feriez-vous si vous étiez à sa place ?”» Aron clôt son récit ainsi : « Je ne me souviens pas de ma réponse, je suis sûr qu’elle fut embarrassée, à moins que je ne sois resté coi. » Mais il retiendra la leçon en reconnaissant que cette pique du ministre à un futur commentateur avait porté ses fruits.

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