Tribulations

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Tribulations

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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Fasciné par la ville, par le cinéma, par Mickey… mais conscient des forces destructrices déchaînées par la modernité, Benjamin a puisé dans son expérience des marges la capacité d’affirmer l’esprit utopique. Son lexique est commenté par un architecte et un photographe.

Flânerie

C’est une forme nouvelle de pratique philosophique, écrite à même les pages de la ville. Voyageur infatigable sillonnant l’Europe, de Paris à Moscou, du Danemark à Capri, Naples ou Ibiza, Benjamin comprend que les villes recèlent une histoire souterraine, écrasée par l’officielle, maintenue en vie par la capacité du flâneur à se fondre dans les pierres urbaines comme dans un rêve. Lui seul peut décrypter le secret des villes et en écrire le portrait en creux.

Cette immersion dans la grande ville moderne trouve sa manifestation la plus emblématique avec les promenades dans Paris, que Benjamin aime au point de lui consacrer douze années de travail, consignées dans son ouvrage inachevé sur les passages parisiens. Ces fascinantes galeries, à la fois rues et maisons, témoignent de l’avènement du capitalisme et du règne de la marchandise, tout en donnant lieu à un intense brassage social. Benjamin les parcourt comme un théâtre de la modernité, un univers onirique qui lui lance des « clins d’œil ». Le flâneur est dans le même temps une figure politique, un résistant. Le slogan du taylorisme est : « Guerre à la flânerie. » Or le flâneur déjoue par son oisiveté (et sa quête enfantine d’objets rares et d’histoires de la vie quotidienne) le culte de la consommation immédiate et les impératifs du rendement économique ; sa dérive est « une protestation contre la division du travail » (Le Livre des passages). Noyé dans la foule, il échappe à la surveillance policière. En décrivant le flâneur, Benjamin dresse son autoportrait.

 

Aura

Ce terme désigne le propre de l’œuvre d’art traditionnelle, dont le tableau offre le modèle. Benjamin le définit comme « une singulière trame d’espace et de temps : l’unique apparition d’un lointain, si proche soit-il » (L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique). L’aura recouvre la présence ici et maintenant de l’œuvre, ce qui lui confère son authenticité et son autorité symbolique. Elle trouve son origine dans l’univers religieux ; c’est elle qui donne aux œuvres leur dimension « cultuelle », sacrée et inaccessible au monde profane. Mais elle s’applique aussi à tout ce qui existe, que l’on songe par exemple à l’aura d’une personne, qui fascine celui qui la regarde.

Pour Benjamin, le développement des médias modernes (photographie, radio, cinéma) entraîne l’épuisement de l’aura, la dissipation du lointain, l’évanouissement de tout rêve. Ces médias se caractérisent par la reproductibilité technique et leurs productions sont désormais diffusées en séries illimitées. Or l’existence même de copies affecte gravement l’unicité de l’œuvre, donc son aura. Avec le cinéma en particulier, la reproductibilité connaît un saut qualitatif : les bobines s’exposent partout dans le monde et surtout, le cinéma est l’art du montage ; l’enchaînement rapide et l’agencement
a posteriori des images fait qu’il est impossible de déterminer quelque chose comme une image originelle – de fait, la notion d’original disparaît.

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