Édito
Variations sur le problème du mariage
© Dupuy & Berberian pour PM
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 51 de Philosophie magazine « 51 - été 2011 », en kiosque le 30 juin 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment rencontrer l’âme sœur ? Qu’on ait les idées larges et qu’on raisonne à l’échelle planétaire – avec 3,25 milliards de partenaires potentiels –, de l’Union Européenne – ce qui restreint les choix possibles à 250 millions d’individus –, ou même d’une ville de taille moyenne, comme Grenoble – 75 000 possibilités –, le problème n’a rien d’évident. Surtout si l’on estime, à juste titre, qu’il n’y a qu’un seul être au monde qui nous correspond à merveille et avec lequel nous pourrons filer un parfait amour, sans accroc jusqu’à la fin de nos jours.
Pour résoudre ce problème, il n’existe en fait que trois méthodes. La première est celle que j’appellerai fataliste et qui s’inspire du conseil désabusé que donna un jour Jules Renard à son fils : « Choisis-toi une femme, et tu connaîtras toutes les femmes. » La gamme des sentiments et des péripéties conjugales étant somme toute limitée, les couples connaissant tous plus ou moins la même histoire, qui chemine du feu de la passion physique à la placidité domestique en passant par quelques crises inévitables, le choix du partenaire importe assez peu pour emprunter cette via dolorosa. Mais cette ferme lucidité est-elle vraiment compatible avec l’idée même de rencontre ? Une deuxième technique nous est livrée par la science statistique : d’après les mathématiciens, en effet, le problème du mariage se résout grâce l’équation n/e, où n est le nombre potentiel de partenaires et où la constante e, dite « constante d’Euler », vaut 2,718… En clair, il convient d’abord d’essayer 38 % des partenaires possibles, puis de continuer à faire des rencontres et de se marier avec la première personne qui nous donnera plus de satisfaction que toutes les précédentes. Même à l’échelle d’une ville comme Grenoble, cela signifie qu’il faut accumuler au moins 28 500 conquêtes avant de pouvoir faire un choix rationnel ! C’est pourquoi on conseille chaudement aux statisticiens d’habiter un village.