Société
Viande de synthèse : une fausse bonne idée ?
© bridixon/iStockphoto
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La viande cultivée en laboratoire, souvent présentée comme une solution idéale face aux dégâts environnementaux de l’industrie agro-alimentaire, serait potentiellement quatre à vingt-cinq fois plus nocive que l’élevage : c’est ce qu’affirme une équipe de chercheurs dans une étude récente.
Du point de vue de l’éthique alimentaire, l’artificialisation de la viande risque en réalité d’aggraver plutôt que de réduire l’invisibilisation de l’animal qui est au cœur de la surconsommation actuelle.
“Clean meat” : une innovation contestée
Beaucoup moins émettrice en méthane, moins génératrice de polluants (nitrates, notamment), moins consommatrice en énergie, moins gourmande en eau, affranchie de la tragédie de la souffrance animale : la viande de synthèse cultivée en laboratoire a parfois été présentée comme une alternative miracle à l’élevage, secteur responsable de 18% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES) selon un rapport du FAO de 2006. Dans leur article « Environmental impacts of cultured meat production » (« L’impact environnemental de la production de viande synthétique », 2011), H. L. Tuomisto et M. J. Teixeira de Mattos affirmaient ainsi que les émissions de l’industrie de la viande de synthèse seraient vingt fois plus faibles que l’élevage bovin, douze fois que l’élevage porcin, et huit fois que l’élevage de volailles. L’essayiste américain Paul Shapiro en a fait son cheval de bataille, avec la publication de Clean Meat: How Growing Meat Without Animals Will Revolutionize Dinner and the World (Viande propre. Comment la viande cultivée va révolutionner notre alimentation, 2018), préfacé par Yuval Noah Harari. Une enquête récente remet en cause ces conclusions : ses auteurs estiment que la viande de synthèse pourrait être quatre à vingt-cinq fois plus nocive pour l’environnement que l’élevage traditionnel.
Du point de vue des chercheurs, les estimations enthousiastes ne prennent pas en compte le raffinage complexe des nutriments utilisés pour les cultures de cellules. « L’utilisation de ces méthodes de raffinage contribue de manière significative aux coûts économiques et environnementaux. » Ces critiques alarmistes s’ajoutent à d’autres plus anciennes. Dans « La viande du futur sera-t-elle produite in vitro ? » (2013), une équipe de l’Inra pointait plusieurs problèmes concernant la comparaison de l’impact entre élevage et viande de laboratoire. À leurs yeux, les estimations sont difficilement commensurables. Évoquant les 18% de gaz à effet de serre imputés à l’élevage, les chercheurs notaient : « Ce chiffre largement médiatisé inclut les fermentations des systèmes digestifs et des déjections des animaux, la production des aliments consommés et celle des intrants tels que les fertilisants, les activités des industries liées à la production d’aliments, l’impact de la déforestation dans le cas du soja, les transports, la consommation d’énergie et de carburant dans la ferme. » En ce qui concerne la consommation en eau, « le chiffre de 15 000 litres […] pour produire un kilo de viande de bœuf […] a été largement médiatisé », mais il « s’agit d’un calcul sur le cycle complet de l’eau dans un écosystème : plus de 95% de cette empreinte eau de l’élevage est constituée par une eau virtuelle, essentiellement l’évapotranspiration sur les surfaces dédiées à l’élevage, fortement liée à la pluviométrie. »