L'oeil et l'esprit
Vincent Van Gogh / Martin Heidegger : un monde dans les souliers
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 6 de Philosophie magazine « 6 - février 2007 », en kiosque le 25 janvier 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Des vieilles chaussures peintes par un fou ? Oui, mais qui révèlent à Martin Heidegger rien moins que la vérité des choses et le lien qu’elles entretiennent avec le monde où nous vivons.
Martin Heidegger part explorer les sentiers battus de la métaphysique, dont beaucoup finissent en cul-de-sac avec des godillots de bûcheron, car il lui faut mettre à bas les concepts issus d’une longue tradition et découvrir des clairières oubliées. Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? Qu’est-ce qui fonde son essence ? se demande-t-il au début de Chemins qui ne mènent nulle part. La réponse va de soi pour celui qui ne s’encombre pas de préjugés : l’œuvre d’art est d’abord une chose, au même titre que le fusil de chasse ou le chapeau accrochés au mur.
Mais qu’est-ce qu’une chose ? insiste le philosophe. Il entreprend alors d’abattre un à un les concepts directeurs de la métaphysique occidentale. Une chose ne peut pas se définir comme un ensemble de qualités, de caractéristiques que nous pourrions saisir par nos sens. Nous ne percevons pas ces qualités séparément, ni de manière abstraite : nous entendons d’emblée claquer la porte, et non pas un bruit pur. De plus, quand la tradition philosophique, depuis Aristote, comprend la chose comme l’union d’une matière et d’une forme, elle tend à la concevoir sur le modèle du produit fabriqué par l’homme. Dans ce cas, c’est la notion d’utilité qui détermine la forme et le choix de la matière.