Clivages

Virtuel/Réel

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Cet article est issu du numéro 50 de Philosophie magazine « 50 - juin 2011 », en kiosque le 25 mai 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour les tenants du « C’était mieux avant », la « vraie » vie ne se situe pas derrière un écran. Pourtant, le virtuel serait un réel en devenir, qui permet de l’apprivoiser via la simulation.

Je viens de recevoir mon relevé de compte bancaire : aïe ! je suis à découvert. Mais, en bon philosophe, je me dis que tout cela est bien virtuel : l’argent qui n’est pas sur mon compte, n’existe pas davantage que celui qui pourrait s’y trouver. En fait, je ne touche jamais vraiment mon salaire. Quant à sa valeur, elle est aussi très virtuelle depuis que la convertibilité des monnaies en or a cessé ; et d’ailleurs, pourquoi l’or ? Bref, me dis-je : tout cela n’est pas bien grave… jusqu’à ce que mon banquier me rappelle à la dure réalité : mon compte virtuel est réellement à découvert !

On a donc bien tort d’opposer, comme on le fait spontanément, virtuel à réel. Toute l’histoire du concept nous le rappelle. Son usage remonte, via la scolastique médiévale, à Aristote. Il sert chez lui à résoudre la vieille antinomie de l’Être. Qu’est-ce que l’Être, en effet ? Parménide avait osé une réponse en forme de lapalissade qui a embarrassé toute sa postérité : « L’Être est, disait-il, et le Non-Être n’est pas. » Bien sûr ! Mais cette définition comporte un grave défaut : celui de nier toute espèce de changement dans l’Être : nulle naissance, nulle mort, nulle création, nulle disparition, nul mouvement, nulle multiplicité ne sont plus concevables dès lors que l’on pense un Réel unique et immuable.

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