La lettre du mercredi

Zohran Mamdani, maire marxien ?

Temps de lecture : 3 min

Zohran Mamdani, maire marxien ?

Zohran Mamdani. © Aristide Economopoulos/Redux-REA

« C’était un quasi inconnu il y a moins d’un an. À 34 ans, Zohran Mamdani vient d’être élu maire (socialiste) de New York, aux États-Unis. Une victoire qu’il doit à une communication bien rodée sur les réseaux, à un discours en rupture avec la vieille garde démocrate, à un thème de campagne porteur sur le logement... et à sa lecture de Rousseau ?

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“Donald Trump, puisque je sais que tu regardes, j’ai trois mots pour toi : monte le son !”, a-t-il lancé d’emblée dans son discours de victoire. Zohran Mamdani vient d’être élu maire de New York après une campagne menée tambour battant, très active sur les réseaux. L’ancien rappeur (sous le nom de Mr. Cardamom) s’est ainsi mis en scène faisant du porte-à-porte, discutant avec les travailleurs de nuit, à la sortie de la messe, sur le terrain… Il misé sur une promesse : l’“affordability”. L’accessibilité, au sens de rendre la ville abordable et la vie vivable. L’un des mantras du politicien est “l’excellence” du service public. Il affirme ainsi vouloir une vision “holistique” de l’accessibilité en termes de logement et de transport, là où – comme à Paris, du reste – le prix prohibitif des loyers, et plus généralement de la vie, ont rendu la ville inhospitalière à beaucoup. Dans une vidéo, Mamdani plonge ainsi dans l’eau glacée de Coney Island le jour de l’an, dont il ressort trempé, en promettant de “geler” le prix des loyers.

“Mon petit communiste” l’appelle par moquerie Donald Trump, sérieusement concurrencé en matière de communication. Taxé de populisme par une partie de ses adversaires (y compris dans son propre camp) pour des mesures annoncées sans nuances – le gel des loyers pourrait par exemple avoir des effets contre-productifs, en freinant notamment la construction de nouveaux logements, au risque d’aggraver la situation –, il incarne l’aile gauche du Parti démocrate, aux côtés de Bernie Sanders et d’Alexandria Ocasio-Cortez. Les journaux conservateurs, comme le New York Post, représentent même ce matin “Mamdani le rouge” faucille et marteau en mains. Le nouvel édile socialiste, avec sa politique de la ville, m’évoque moi aussi un marxien... un philosophe aujourd’hui passé de mode qui a été le maître à penser de toute une génération : Henri Lefebvre.

Enseignant à l’Institut d’urbanisme de Paris, Lefebvre est l’auteur d’un ouvrage devenu classique – Le Droit à la ville (1968). Il y défend une “théorie intégrale de la ville et de la société urbaine”, fustigeant “la misère dérisoire et sans tragique de l’habitant” des grandes villes, en des termes qui rappellent drôlement le programme de Zohran Mamdani et sa volonté de défaire un “zonage” discriminatoire dont souffrent les “classes ouvrières”. Pour le philosophe, “seule la classe ouvrière peut devenir l’agent, porteur ou support social de cette réalisation” car “elle rassemble les intérêts (dépassant l’immédiat et le superficiel) de la société entière, et d’abord de tous ceux qui habitent”. C’est-à-dire “des jeunes et de la jeunesse, des étudiants et des intellectuels, des armées de travailleurs avec ou sans col blanc, des provinciaux, des colonisés et semi-colonisés de toutes sortes, de tous ceux qui subissent une quotidienneté bien agencée” mais aussi “des gens qui séjournent dans les ghettos résidentiels, dans les centres pourrissants des villes anciennes et dans les proliférations égarées loin des centres de ces villes”.

J’ignore si Mamdani a lu Lefebvre, mais Fanon et Rousseau, assurément ! Né en Ouganda de parents d’origine indienne, Zohran Mamdani est le fils d’une cinéaste réputée et d’un anthropologue enseignant à l’université Columbia, où lui-même n’a pas été admis. Il a suivi ses études à Bowdoin, dans le Maine. Suivant un cursus d’“études africaines”, il y est initié aux réflexions sur la “crise urbaine”, comme il en témoigne dans le journal de l’université. Là, il se met à lire le penseur postcolonial, philosophe et psychiatre Frantz Fanon, qui devient pour lui une référence, utile dans sa défense de la cause palestinienne, mais aussi Jean-Jacques Rousseau, penseur de la souveraineté populaire et du bien commun, au sujet duquel il écrit un mémoire, comme le rapporte un journaliste du New Yorker dans un long portrait que je vous recommande. À New York, Zohran Mamdani parviendra-t-il maintenant à établir un nouveau contrat social ? »