France / Politique
L’espace-temps, enjeu des municipales
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Cet article est issu du numéro 137 de Philosophie magazine « 137 - mars 2020 », en kiosque le 20 février 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À moins d’un mois de l’élection des maires en France, les propositions fusent et les candidats redoublent d’inventivité. Au point d’envisager la ville comme un temps vécu et non seulement comme un espace construit, dans les pas du philosophe Henri Lefebvre.
La campagne pour les élections municipales, dont le premier tour aura lieu le 15 mars, bat son plein. Les candidats rivalisent de propositions, plus ou moins saugrenues, pour rendre leur programme attractif et la ville prétendument plus conviviale, notamment à Paris. Benjamin Griveaux, l’ex-candidat de La République en marche, a ainsi été moqué pour avoir soutenu le remplacement de la gare de l’Est par un Central Park à la française ou la création de « managers de rues » afin de répondre aux problèmes liés à l’espace public. Anne Hidalgo, la maire sortante, s’est elle entourée d’une équipe éclectique – écrivains, climatologues, universitaires –, chargée d’imaginer les grandes lignes de sa politique. Elle a fait de « la ville du quart d’heure » un point fort de son projet. De quoi s’agit-il ? De permettre l’accès immédiat aux « besoins essentiels de la vie », de « réunir, à un quart d’heure de chez soi à pied ou en mobilité active, l’ensemble des éléments qui font que l’on est plus ou moins heureux. C’est-à-dire habiter, travailler, s’approvisionner, se soigner, s’éduquer, avoir des loisirs », précise Carlos Moreno, spécialiste de la ville intelligente, enseignant à la Sorbonne. C’est avec lui, pour cette campagne électorale, qu’a été réactivée une idée développée autrefois par l’urbaniste et sociologue François Ascher. Ce dernier a montré dans les années 1990 combien le développement des technologies portables et multimédia a favorisé la mobilité, comment l’extension du capitalisme et l’augmentation de la productivité ont nourri le rêve d’une ville active jour et nuit, 24 heures sur 24. Il en conclut à la nécessité de prendre en compte dans les plans d’urbanisme non plus seulement les inégalités spatiales mais aussi les « ségrégations temporelles », d’établir « une qualification temporelle des différents territoires », ce qu’il appelle précisément le « chrono-urbanisme ».